Rencontres-Débat 2026
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Samedi 14 novembre 2026
PSYCHIATRIE PSYCHANALYSE ANTHROPOLOGIE
Subjectivités à la porte…
Encore ? Rien de neuf à l’horizon ? Pourtant, l’Histoire insiste. Elle insisterait dans le corps, entre effacement organique et réinvention sensible, affective.
Dans un monde saturé par les discours désincarnés de la pensée computationnelle, ébranlé par les théories du genre, critiques de la race et logiques
intersectionnelles, la subjectivité vacille.
L’humain, réduit à ses données, à ses algorithmes, à ses identités multiples, devient un objet parmi d’autres. Que reste-t-il de l’expérience subjective lorsque
les aléas du vivant sont disqualifiés au seul profit du mesurable ? Lorsque la folie, comme événement singulier, devient une simple anomalie de réseau
neuronal ? Que reste-t-il de l’inconscient freudien qui, sans prétendre tout expliquer, nous invite à entendre ce qui nous parle malgré nous ?
Grâce à une sociologie anthropocène qui modélise jusqu’à l’intersubjectivité – le malade c’est celui qui résiste aux conseils éclairés du coach mental –
la psychiatrie contemporaine est sommée de choisir : se fondre dans les sciences dures et les protocoles standardisés ; ou alors, défendre la centralité du sujet,
non seulement dans la parole et les zones d’ombre psychiques, mais aussi, il faut y insister, dans son inscription corporelle
au sein d’une anthropologie psychanalytique.
Le corps, non la machine, reste le lieu d’Eros, de Thanatos, du lien, du soin, du trouble, de ce qui échappe. Car la subjectivité n’est pas un résidu :
c’est une poussée organique à la recherche de sens, une mémoire naturelle du vivant, un tissu de contradictions qui refusent l’effacement.
De cette densité irréductible émerge une pensée complexe, portée par la mise en dialogue du biologique, des neurosciences et de la psychanalyse.
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Prolégomènes à la problématique psychiatrique
Albert Le Dorze – CIPA septembre 2025
I. Préalables, la pré-psychiatrie
Lanteri-Laura[1] : vouloir éclaircir ce qu’il en est de l’essence de la psychiatrie est tout sauf évident mais les auteurs qui se sont penchés sur cette question la rattache à la médecine. Elle en est une branche singulière par son objet, son art, ses techniques. Mieux vaut, avec humilité, étudier ce que les cultures, les civilisations, historiquement et géographiquement, ont considéré comme relevant de « quelque chose comme ce que nous appelons folie chez nous. » Soit l’insensé, le surnaturel, le monstrueux.
La science affirme une certaine normalité dans le fonctionnement du corps, résultat de l’Evolution. En cas de rupture, le social fait appel à la médecine, humaine ou vétérinaire, fonction primaire, censée guérir les maladies par ses remèdes divers, ses potions. Lanteri-Laura, isolant le monde hellénique, cinq siècles avant Jésus-Christ, insiste sur le fait que la médecine hippocratique ne se réfère qu’à la nature : les dieux peuvent exister mais la médecine se doit de les ignorer. La médecine est totalement étrangère à la question du mal : il s’agit de maladies, de lésions, d’intrusions, de troubles dans l’équilibre des humeurs. Elle édifie peu à peu une pathologie, la science qui étudie les maladies, une classification des entités morbides différentes les unes des autres, la nosographie, d’où la précession de la clinique sur la thérapeutique. Clinique magnifiée par Foucault qui se définit comme l’exercice de la médecine au chevet du malade. Elle en recueille, par l’observation directe, des signes caractéristiques et non selon des théories préalables. Pour le clinicien, toute vérité est une vérité sensible : la théorie se tait au lit du malade pour laisser place à l’expérience et à l’observation. La clinique s’affronte à « la sensorialité du savoir[2]. » « Des cadavres ouverts de Bichat à l’homme Freudien, un rapport obstiné à la mort prescrit à l’universel son visage singulier et prête à la parole de chacun le pouvoir d’être indéfiniment entendu[3]. » Whitebook[4] : la pensée des Lumières cabote entre philosophie et science. Elle est philosophique car elle rejette le scientisme, le mécanicisme ; la science empirique n’épuise pas le domaine de la connaissance ; elle insiste sur une réflexion qui aille au-delà des données empiriques. Elle est aussi scientifique car elle rejette les prétentions de la philosophie à l’auto-suffisance, le mépris à l’égard de l’expérience empirique ; les sciences empiriques imposent la théorisation. D’où l’importance de la médecine, carrefour entre la philosophie et la science. (…)
