SAMEDI 14 NOVEMBRE 2026

Malaises dans la psychanalyse et la psychiatrie :

subjectivité et intersubjectivité à la porte…

Les bouleversements politiques, culturels et technologiques actuels affectent profondément la condition humaine et fragilisent les médiations traditionnelles – famille, école, institutions du soin. Dans ce climat, la psychiatrie et la psychanalyse sont de plus en plus contestées, parfois disqualifiées, tant dans leur légitimité scientifique que sociale.

Ces désordres se manifestent avec une acuité particulière lorsqu’il s’agit de l’enfant, pris entre renforcement des normes, érosion des repères éducatifs et raréfaction des espaces d’expression subjective : il devient ainsi le révélateur privilégié des tensions entre exigences adaptatives et éclats de la singularité psychique.

Il est donc indispensable d’interroger aujourd’hui la capacité de la psychiatrie et de la psychanalyse à soutenir une vie psychique sensible, à préserver la créativité, accompagner la souffrance et maintenir vivante la subjectivité, à l’heure où les logiques gestionnaires, technocratiques, s’imposent partout.

La tradition philosophique, de Socrate à Camus, interroge la condition humaine confrontée à la violence du destin, à la quête de vérité et de justice. Or, cet humanisme se trouve aujourd’hui mis à mal par la marchandisation du vivant et l’effondrement des repères symboliques.

Dans ce contexte mouvant, l’anthropologie psychanalytique s’impose comme un outil conceptuel indispensable pour repenser ces mutations. Elle donne les moyens d’explorer comment psychiatres, psychologues cliniciens et psychanalystes peuvent encore penser la singularité du sujet, accueillir la souffrance et inventer de nouvelles formes de médiation.

Cette rencontre engage une réflexion essentielle sur la place de l’humain et du citoyen dans un monde en transformation et sur les responsabilités de ces disciplines afin d’interroger ce qui aujourd’hui menace l’humain et ce qui peut encore le soutenir.

 

Avec la participation de :

Gérard Delacour, Marie-Laure Dimon, Olivier Douville, Alain Ehrenberg, Bruno Falissard, Christine Gioja Brunerie, Albert Le Dorze, Jean Nadal.

Prolégomènes à la problématique psychiatrique Albert Le Dorze – CIPA septembre 2025

I. Préalables, la pré-psychiatrie

Lanteri-Laura[1] : vouloir éclaircir ce qu’il en est de l’essence de la psychiatrie est tout sauf évident mais les auteurs qui se sont penchés sur cette question la rattache à la médecine. Elle en est une branche singulière par son objet, son art, ses techniques. Mieux vaut, avec humilité, étudier ce que les cultures, les civilisations, historiquement et géographiquement, ont considéré comme relevant de « quelque chose comme ce que nous appelons folie chez nous. » Soit l’insensé, le surnaturel, le monstrueux.

La science affirme une certaine normalité dans le fonctionnement du corps, résultat de l’Evolution. En cas de rupture, le social fait appel à la médecine, humaine ou vétérinaire, fonction primaire, censée guérir les maladies par ses remèdes divers, ses potions. Lanteri-Laura, isolant le monde hellénique, cinq siècles avant Jésus-Christ, insiste sur le fait que la médecine hippocratique ne se réfère qu’à la nature : les dieux peuvent exister mais la médecine se doit de les ignorer. La médecine est totalement étrangère à la question du mal : il s’agit de maladies, de lésions, d’intrusions, de troubles dans l’équilibre des humeurs. Elle édifie peu à peu une pathologie, la science qui étudie les maladies, une classification des entités morbides différentes les unes des autres, la nosographie, d’où la précession de la clinique sur la thérapeutique. Clinique magnifiée par Foucault qui se définit comme l’exercice de la médecine au chevet du malade. Elle en recueille, par l’observation directe, des signes caractéristiques et non selon des théories préalables. Pour le clinicien, toute vérité est une vérité sensible : la théorie se tait au lit du malade pour laisser place à l’expérience et à l’observation. La clinique s’affronte à « la sensorialité du savoir[2]. » « Des cadavres ouverts de Bichat à l’homme Freudien, un rapport obstiné à la mort prescrit à l’universel son visage singulier et prête à la parole de chacun le pouvoir d’être indéfiniment entendu[3]. » Whitebook[4] : la pensée des Lumières cabote entre philosophie et science. Elle est philosophique car elle rejette le scientisme, le mécanicisme ; la science empirique n’épuise pas le domaine de la connaissance ; elle insiste sur une réflexion qui aille au-delà des données empiriques. Elle est aussi scientifique car elle rejette les prétentions de la philosophie à l’auto-suffisance, le mépris à l’égard de l’expérience empirique ; les sciences empiriques imposent la théorisation. D’où l’importance de la médecine, carrefour entre la philosophie et la science. (…)

Notes : Psychiatrie, Psychanalyse, anthropologie Subjectivité à la porte…

Marie-Laure Dimon    

Dans la société occidentale marquée par les déconstructions, les ruptures et les bouleversements profonds, il est facile de se perdre et de se disperser.

La nostalgie des « jours heureux » agit alors comme un refuge, parfois illusoire, qui peut masquer une mélancolie hantant toute singularité. Qu’elle soit intime ou collective, cette mélancolie s’exprime aussi dans notre rapport au lien social, dont les transformations constantes interrogent notre capacité d’adaptation ou de mutation, porteuse de nouvelles potentialités.

Face à cette multiplicité de possibles, il devient nécessaire de faire le deuil d’une vision unifiée[1] de la subjectivité, afin d’accueillir la diversité des expériences humaines et la complexité des liens qui les traversent. Cela suppose de repenser les cadres de compréhension traditionnels et d’ouvrir de nouveaux espaces d’écoute et de dialogue.

Bien que la société contemporaine s’ouvre à de nouvelles dimensions, elle se heurte encore à des résistances profondes : le patriarcat, ancré dans la domination masculine, continue de façonner durablement les structures sociales et psychiques. Aujourd’hui, cette domination prend souvent une forme viriliste, particulièrement manifeste dans le contexte des conflits mondiaux où la prédation et l’expansion des empires prévalent. Il convient alors d’interroger la manière dont ces dynamiques de pouvoir influencent la construction de la subjectivité.

Parler de la construction de la subjectivité en anthropologie psychanalytique, c’est ouvrir la réflexion sur la genèse du Sujet dès les premiers instants de la vie psychique, là où se tissent les signifiants primordiaux, issus des premières expériences corporelles et relationnelles. Ces signifiants fondent le socle à partir duquel le sujet pourra élaborer son rapport à lui-même, aux autres et au monde. Comme le souligne Piera Aulagnier, ce travail initial autour des signifiants psychocorporels constitue le socle métaphorique de la subjectivité : c’est par cette inscription, sur et dans le corps, que le sujet accède progressivement à la possibilité de symboliser, de se représenter lui-même et d’autres dans l’ordre du langage.

 

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