Regards croisés

entre psychanalyse et civilisation,

inconscient, culture et société…

L’identité du CIPA

L’identité du CIPA repose sur l’idée centrale contenue dans
la démarche et la conception freudiennes que la
psychanalyse est une anthropologie.

Le CIPA articule théorie et cliniques psychanalytiques et
situe, dans le dialogue de l’individuel et du social, les
potentialités de la singularité de l’être humain, prolongeant
ainsi la dimension freudienne de l’anthropologie.

Attentif aux approches actuelles et aux transformations à
l’œuvre dans la société et la culture, le CIPA travaille à
développer la clinique, la formation et la théorie

psychanalytiques dans l’hétérogène des domaines et des
champs où la subjectivation du sujet singulier se donne à
penser avec le sociopolitique.

Nos diverses recherches, séminaires, Rencontres-débat et
Séminaires Thématiques s’appuient sur cet ensemble
culturel et la psychanalyse éclaire ces traversées,
permettant au sujet singulier et au collectif d’entrer en
résonances et en dialogues.

Interdisciplinarité : psychanalyse et anthropologie

Nous retenons tout particulièrement parmi les fondateurs du CIPA en 1985, Jean Nadal, Jacques Lévine, Renée Vintraud et Mario Dabbah, qui ont exploré dans la voie que Freud a ouverte, la psyché singulière dans sa rencontre avec la culture et les effets de cette interaction. A partir de l’œuvre anthropologique freudienne, à travers les mythes fondateurs – Œdipe, Narcisse –, les rêves, les formes analogiques et les processus de médiations intra- et interpsychique, ils ont ainsi théorisé les liens entre psychanalyse et anthropologie. Le corps, le rêve et la pulsion d’emprise ont été au centre des travaux de recherche et des publications de Jean Nadal dans les collections qu’il a créées et qu’il dirige. Pour sa part, Jacques Chazaud a pris en charge la réédition de grands textes de psychiatrie et de psychanalyse. Les travaux et les publications de Jean-Michel Porret ont exploré et approfondi la particularité de la cure analytique de l’enfant névrosé.

Dans une conception particulière de la transmission et de la formation des psychanalystes, Jacques Lévine avec « son inconscient à l’école », Renée Vintraud et Mario Dabbah avec le sociopolitique ont partagé les contributions de René Major, Maria Torok, Nicolas Rand, Claude Nachin. Par ailleurs, Alberto Eiguer et Henri-Pierre Bass avec le groupe familial, Peggy Nordmann avec la pratique des groupes Balint et les ouvertures faites par Maria Pierrakos aux problèmes de la langue, ont ainsi contribué à élargir le champ anthropologique. Claude Brodeur s’est inscrit dans ces perspectives en les approfondissant.

Dans la continuité des fondateurs, Marie Laure Dimon et Louis Moreau de Bellaing ont continué ces recherches. Le CIPA actuel met l’accent sur le social et le politique, en s’appuyant sur Psychologie collective et analyse du moi et sur Totem et Tabou. Le CIPA reconnaît ainsi, dans la présence psychique individuelle, le social et, inversement, celle de la vie psychique à l’intérieur du social. Le CIPA lui ajoute la référence au politique où le psychique est présent dans la liberté, la transmission, le renoncement, le don, l’autorité, la reconnaissance, etc.

Ainsi conçu, le politique s’implique au social (au culturel, à l’économique) et cette implication rend possible la production de la politique. Enfin, le CIPA se tourne, non seulement vers les sciences humaines comme l’anthropologie, la sociologie, la philosophie morale et politique, mais aussi vers les neurosciences et leurs prolongements.

A partir des bouleversements contemporains le CIPA «pense en mondes» l’affectif à travers la sensorialité, le sens, la signification comme amarrage de la subjectivité humaine. Marie-Laure Dimon a ainsi développé le féminin à la source du symbolique, le maternel archaïque, son formalisme et ses modélisations, comme point de jonction entre singulier et collectif, en résonance avec les travaux d’Agnès Antoine sur le destin démocratique du féminin et sur la psyché primordiale et, en affinité avec ceux de Michel Brouta sur les neurosciences et le symbolique. Jean-Michel Porret a montré les concordances qui existent entre la seconde théorie freudienne des pulsions et les découvertes de la biologie moderne touchant au suicide et à la survie des cellules de l’organisme. Dans un autre vertex, le corporel et l’archaïque sont aussi envisagés par Christine Gioja Brunerie avec l’intersubjectivité à l’origine du couple.

Une proximité théorique et clinique a été développée avec les psychanalystes Piera Aulagnier, Ophélia Avron, Wilfred R. Bion, René Kaës et Janine Puget et les psychanalystes et anthropologues Olivier Douville, Charles-Henry Pradelles de Latour et Eric Smadja.

Le CIPA permet ainsi le débat et la confrontation avec des collègues de formations différentes, offrant un lieu de discussions, de controverses et de formation, dans une mise en rapports entre psychanalyse et anthropologie.


Aux larmes citoyen.ne.s : Combat pour la psy en danger !

Depuis des décennies les politiques de santé ont considéré que l'hôpital public devait être traité comme une entreprise économique.
À équilibrer. Cette transformation accompagne une biologisation outrancière des champs sociaux fondée sur les nouveaux
savoirs de la génétique et des neurosciences.

Dans ces conditions la psychiatrie, la pédopsychiatrie se voient intimer la quasi-obligation, dans leurs espaces de soins,
d’abandonner la psychanalyse, la psychothérapie et la psychothérapie institutionnelle.
Un dialogue s’était installé entre les champs biologique et psychique, profitable au sujet humain désirant,
en maintenant des ouvertures propices à la créativité dans les soins. Cependant le projet gouvernemental de la santé
et la mise en œuvre des décrets seront appliqués dès janvier 2022 réorganisant la psychiatrie
avec les neurosciences en excluant de fait la psychanalyse, la subjectivité et le fonctionnement de l'inconscient.

La formation des psychiatres, des psychologues et autres intervenants, sera désormais tournée vers les bilans,
les tests neurophysiologiques et les procédures ouvrant sur les diagnostics promus par le DSM-5.
La souffrance psychique sera prise en compte par des traitements cognitivistes et comportementaux,
eux-mêmes encadrés par un médical prédictif et performatif dans le cadre d’un parcours de soins.
Des médecins sont alors pris dans des enjeux et des paradoxes entre les politiques de santé et la réalité clinique.

Il devient alors très difficile de prendre en charge la personne dans son histoire, son environnement
et dans le social. Elle est donc réduite au mental et à une «médecine du cerveau».

En ne prenant pas la personne humaine dans ses rapports d’interactions relationnelles dans le social,
c'est donc une véritable mutation anthropologique et idéologique qui est annoncée.
Comme l'avait prévu Aldous Huxley, il convient de se soumettre à la machine et à ses algorithmes.

Le Collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie (CIPA) ne peut que lancer un appel pour refuser
l’application de ces décrets et lutter contre la désaffection de l'humain. La liberté de penser n’est-elle pas en question ?

 

Le bureau du CIPA : Jean Nadal, Christine Gioja Brunerie, Marie-Laure Dimon, Agnès Antoine, Albert Le Dorze,
Anne-Marie Leriche, Gérard Delacour.

Et : Emilie Garcia Ballester, Michel Brouta, Serge Raymond, membres du CIPA.