Les livres récents

Inconscient et algorithmes

Albert Le Dorze

L’Harmattan 2017

L’inconscient, non opératoire, inutile, est relégué au musée des curiosités par le moderne algorithme qui promeut l’utilisation maximale de notre capital humain. Le structuralisme lévistraussien et ses variantes psychanalytiques prônent l’idéal mathématique, rejettent l’ineffable émotionnel, se réclament de la linguistique structurale pourtant jugée non scientifique par Chomsky car récusant toute incarnation du langage. Pouvons-nous vraiment réduire le désir et la religion à des symboles formalisables ? Que devient la souhaitée pure causalité psychique ?

Albert Le Dorze est médecin-psychiatre à Lorient, auteur d’articles de psychopathologie et de critiques culturelles. Il a publié six livres chez l’Harmattan : Vagabondages Psy (2006), La politisation de l’ordre sexuel (2009), Humanisme et psy :la rupture ? (2010), De l’héritage psychique (2011), Cultures, métissages et paranoïa (2014), La chair et le signifiant (2016).

La grossesse, une histoire hors normes

Réflexions des artisans de PMI et d’ailleurs

Postface de : Bernard Golse
Erès 2017

Malgré de nombreuses recommandations, le suivi de la grossesse reste encore très médicalisé et court le risque de l’anonymat dans les grandes structures que deviennent les maternités. Par ailleurs, se développent des approches éducatives normatives destinées à encadrer la parentalité bien en amont de la venue de l’enfant. Or, la psyché maternelle se trouve traversée pendant la grossesse par l’ambivalence et les bouleversements propres à chacun du « devenir parents ». Cette parentalité naissante ne peut se couler sans risque dans l’ensemble des normes qui édictent des propositions parfois à contretemps sans tenir compte de la singularité de chaque couple. À côté des maternités de plus en plus centrées sur leurs missions techniques, la PMI constitue un lieu tiers où reste possible un accompagnement « sur mesure » des familles attendant un enfant. Elle met à leur service des savoirs et savoir-faire d’artisans, et s’offre comme un espace d’écoute inconditionnelle. Toutefois, du fait de ses missions de protection de l’enfance, la PMI est aussi traversée par ses propres contradictions qui sont ici questionnées. À partir de leur expérience de terrain mais aussi de travaux de recherche, les auteurs témoignent de la complexité de la clinique périnatale qui doit inciter les professionnels à une grande prudence.

Christine Davoudian est médecin de Protection maternelle et infantile (PMI) à Saint-Denis (93). Avec la collaboration de : Lionel Bauchot, Souad Ben Hamed, Danièle Bloc Rodot, Danielle Constant, Agnès Delage, Nadia Faradji, Anne-Cécile Gieux, Laurence Le Calvez, Martine Spiess, Anne Thevenot, Marie-José Villain, Christine d’Yvoire-Doligez.

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Revue « Figures de la psychanalyse »

L’événement adolescent

Rédacteurs en chef : Olivier Douville et Jacques Sédat 
Figure n° 33, Coll. Logos ● Anankè, Erès 2017

Si l’infantile est dans la cure un événement incontournable qui sera régulièrement remis sur le métier, l’adolescence est une phase du sujet parfois négligée lors des psychanalyses, aussi bien dans son aspect structurel que dans ses contours phénoménologiques. Le sujet de l’inconscient doit passer par des étapes structurelles pour advenir comme être sexué. C’est à l’adolescence que se pose, dans la construction subjective, la question d’un choix, celui où « l’être sexué ne s’autorise que de lui-même », comme le dit Lacan. Ce rapport à la sexuation à travers les transformations pubertaires, approches amoureuses et rencontre de la chair de l’autre, met en tension la castration à partir de la découverte de nouvelles jouissances. Les choix d’objets sexuels et la question du genre se posent à cette période de façon vive, où le sujet cherche son désir. L’adolescence se manifeste dans tous ses états aussi bien en son temps que dans celui de l’analyse d’adulte. Le réel du corps en mutation cherche son appui sur les bords de la structure en mobilisant le fantasme. Ce qui fait de toute adolescence un passage à la limite qui questionne le lien social dont elle se fait l’écho. Cet événement interroge aussi bien la pratique singulière que les pratiques institutionnelles.

 

Avec la participation de Nédra BEN SMAIL, Gisèle CHABOUDEZ, Laurent DELHOMMEAU, Franck DROGOUL, Anne FEINGOLD, Jean Marie FORGET, Hélène GODEFROY, Philippe GUTTON, Jennifer HUET, Philippe LACADEE, Brigitte LALVEE, Monique LAURET, Samuel LIEVAIN, Silvia LIPPI, Claire NAHON, Olivier OUVRY, Gérard POMMIER, Vincent RAFIS, Jean-Jacques RASSIAL, Berta ROTH, Jacques SEDAT, Marie TERRAL-VIDAL, Dominique TOURRES.

Le radeau démocratique

Chroniques des temps incertains

Sophie Wahnich
Lignes ,2017

Si quelques belles expériences démocratiques ont existé dans le quart de siècle écoulé, force est de constater qu’elles se raréfient : notre fragile embarcation démocratique semble inexorablement se transformer en « radeau ». Le présent ouvrage, écrit par une historienne spécialiste de la Révolution française ici affranchie des règles académiques, fait de la discipline historique un précieux instrument pour penser le présent et s’engager dans ses luttes. Le Radeau démocratique réunit, en forme de chroniques des temps incertains que nous traversons, les textes que Sophie Wahnich a fait paraître depuis quelque 25 ans. Chroniques variées, vives et sensibles, écrites au plus près des événements : grèves, marches pour l’égalité, polémiques sur l’amnistie, réécriture de l’histoire dans les grands musées européens, accueil des réfugiés, les droites extrêmes, etc. ; le peuple enfin, comme un leitmotiv, lequel n’est pas qu’une collection d’habitants en colère, mais une institution de l’être au monde politique qui vise la liberté réciproque, les conditions d’un bonheur commun et la félicité individuelle.

Sophie Wahnich est historienne, spécialiste de la Révolution française et directrice de recherche au CNRS. Ses recherches récentes portent sur les institutions civiles révolutionnaires et les sur les tentatives contemporaines de réappropriation de la souveraineté démocratique.

Ensemble… pour une durée limitée

La psychothérapie dynamique de groupe brève ou à terme dans le traitement de la dépendance aux substances psychoactives

INSIEME… A TEMPO LIMITATO
La psicoterapia dinamica di gruppo breve o a termine nella cura della dipendenza da sostanze psicoattive
Irmo Carraro
CLEUP, Padova, 2016

La psychothérapie dynamique de groupe brève ou à terme était une stratégie thérapeutique contre-indiquée pour les patients avec addiction en raison de leur traits de personnalité, comme l’instabilité affective, l’utilisation des défenses primitives, la faible motivation au traitement, la difficulté d’une authentique ouverture intrapsychique et relationnelle, la propension marquée aux agirs de comportement et toxicomaniaques et la présence d’attitudes caractérisées par l’autosuffisance, contre-dépendance et déni de besoin.

Les expériences de l’Amérique du Nord et de l’Italie démontrent que, si l’on insère un soutien conversationnel à la technique psychodynamique brève ou à terme, il est possible de proposer à ce type de patients d’efficaces expériences thérapeutiques de groupe brèves ou à temps délimité qui, intégrées avec d’autres interventions bio-psycho-sociales activées par le SerD (Service des Dépendances) ou par les Communautés Thérapeutiques, peuvent produire en eux importants changements intrapsychiques, relationnels et adaptatifs.

La théorie des pulsions et ses destins

Jean-Michel Porret
Paris (octobre 2016) : Psychanalyse et civilisations, L’Harmattan

C’est un fait notoire de l’histoire de la psychanalyse : la seconde théorie des pulsions, établie par Freud dès 1920 et opposant les pulsions érotiques ou de vie aux pulsions de destruction ou de mort, a eu pour destin d’être désapprouvée par une large majorité de psychanalystes de toutes générations confondues. Cette désapprobation a visé en priorité l’existence de la pulsion de mort. Mais, elle a aussi porté sur les bases biologiques que Freud a toujours tenu à attribuer aux pulsions, en ayant eu l’audace en 1920 de situer leur origine dans les cellules de l’organisme. On a alors parlé du « biologisme » freudien. Or, depuis 1960 environ, les biologistes ont progressivement mis en évidence le pouvoir permanent que possèdent toutes les cellules de l’organisme de s’autodétruire en peu de temps, tout en étant également capables de réprimer, de neutraliser, un tel effet. Ce livre réexamine dans le détail la seconde théorie freudienne des pulsions. Il montre notamment en quoi elle se rapproche des découvertes récentes de la biologie qui ont apporté des arguments en sa faveur. On s’aperçoit que Freud a d’une certaine façon anticipé ces découvertes de la biologie et qu’elles ont conféré un nouvel essor, un nouveau destin, à sa seconde théorie des pulsions. Dès lors, cette dernière ne peut plus être purement réfutée malgré les questions non résolues qui persistent en son sein.

Dérives adolescentes :
de la délinquance au djihadism

Danièle EPSTEIN
Préface de Olivier DOUVILLE
Toulouse (oct. 2016) : Des Travaux et des Jours, Erès

 

Une psychanalyste témoigne de son travail clinique et de ses enjeux auprès des adolescents en danger de radicalisation, qui, à l’issue d’un acte délinquant, ont à rendre des comptes à la Justice.
Psychanalyste au sein d’une équipe éducative de la Protection judiciaire de la jeunesse, l’auteur livre une réflexion sur l’embrigadement djihadiste qui guette des adolescents déstructurés : faute d’être entendus et pris en charge dans leur manque d’espoir, ces jeunes prennent le chemin de la radicalisation. Trauma, errance, violence, exil sont ici abordés à travers la présentation de cas, des analyses théoriques et institutionnelles qui témoignent d’un combat clinique dans l’ordre judiciaire : faut-il donc « mettre au pas » ces jeunes quand l’enjeu de leur vie est de « prendre pied », en s’enracinant dans un monde habité de liens, de mémoire et de projets ? Des analyses et des propositions qui soutiennent une prévention de la radicalisation.

A propos de l’auteur : Danièle Epstein est psychanalyste, membre du Cercle freudien et de l’association Psychanalyse et médecine (APM). Après un long parcours clinique en institution, au sein d’une équipe éducative de la PJJ, elle exerce aujourd’hui en libéral.

Les enfants des rues
Une clinique de l’exclusion

Xavier Emmanuelli
Edition : O. Jacob. Paris : 2016

Les enfants des rues, ce sont ces enfants que l’on voit errer, seuls ou en groupe, dans les rues des mégapoles. Dégât collatéral de l’urbanisation et de la mondialisation, ils sont souvent molestés par les commerçants, poursuivis par la police et rejetés par l’ensemble de la population. Comment aider ces petits exclus ? Quels sont les pièges à éviter pour se faire accepter d’eux et agir efficacement ? Fort de son expérience auprès des grands exclus, Xavier Emmanuelli se penche ici sur le sort de ces enfants abandonnés de tous. Enfants sorciers ou enfants soldats, filles-mères ou adultes ayant refusé de grandir, tous ont des comportements de survie archaïques qui relèvent de ce qu’il appelle l’« atroce liberté ». Quand ces comportements sont compris, ils peuvent servir d’appui pour une démarche de soin concrète. Un document d’une richesse clinique exceptionnelle. Un témoignage poignant sur l’un des scandales de nos sociétés.

Le Miroir et la Scène
Ce que peut la représentation politique

Myriam Revault d’Allonnes
Paris (2016) La couleur des idées, Seuil

Prenant, en philosophe, le contre-pied d’une approche qui réduit la notion de « représentation » à sa dimension juridico-politique, Myriam Revault d’Allonnes revient à ses deux sources originelles : la peinture et le théâtre. Elle interroge la façon dont, jusqu’à aujourd’hui, ces inspirations divergentes travaillent souterrainement les débats autour de la représentation politique, de ses manques ou de son inadéquation.
Au terme de l’exploration, surprise : il apparaît que les troubles de la représentation politique moderne sont liés à la nature même de notre être-en-commun. Car ce qui désormais fait lien ne peut se donner que de manière paradoxale, dans la non-coïncidence à soi et l’épreuve de la séparation. C’est donc une illusion de penser que la représentation est susceptible de « figurer » la réalité de manière transparente ou adéquate. D’autres voies s’offrent toutefois aux citoyens pour se représenter et porter au jour les capacités qui redessinent la nature du lien représentatif – autant de nouvelles perspectives qui inscrivent la représentation sous le signe de la re-figuration au lieu de la renvoyer à l’impossible figuration d’un commun qui, sans cesse, se dérobe.

Les Pouvoirs de l’excès
éloge de l’infini

George Zimra
Paris : Berg International (2016)

Le partage platonicien du corps et de l’esprit, du corruptible et de l’incorruptible, a fait du corps l’espace de toutes les jouissances, de toutes les séductions et de toutes les dépravations. Le Mal avait un nom : le diable, le démoniaque. La fin de l’humanisme s’est soldée par le constat que le mal pouvait habiter aussi les consciences les plus élevées, servir des voluptés inavouables. Ceux qui voulurent l’extirper furent souvent les plus cruels, ceux qui voulurent le bien de l’humanité, les plus pervers. Qu’est ce qui rassemble des êtres aussi différents que Madame Guyon, le Marquis de Sade, Georges Bataille, Simone Weil, Sören Kierkegaard et Antonin Artaud ? L’excès. L’impossible limite, la limite infinie. Tous ont interrogé un au-delà du monde, des frontières, de la conscience et du possible ; tous ont fait de l’impossible ce que d’ordinaire le langage réduit au silence, au refoulement, à l’oubli. Ils ont bouleversé les codes, la morale, la conscience, la religion, pour interroger l’impensé de notre condition, la folie, l’érotisme, le sexe, l’amour, les voluptés du mal, dans l’abject comme dans le sublime, dans l’amour comme dans la cruauté. Peu d’hommes se sont aventurés sur des terres aussi lointaines, ont franchi tant d’interdits, porté les limites de l’impensable en un tel point d’oubli, de perte de soi. Tous ont pensé la déréliction de l’homme abandonné à ses seules forces, dans un dépassement permanent, au-delà de toute raison, avec une rare singularité

La chair et le signifiant

Albert Le Dorze
Paris (2016) : L’Harmattan, coll. Psychanalyse et civilisations

Tout est langage » martèle la French Theory. Le signifiant veut ignorer tout ancrage corporel. S’agirait-il d’effacer Darwin et l’animal en l’homme ? L’eugénisme et le colonialisme ne seraient que les conséquences inéluctables de la théorie psychiatrique de la dégénérescence. Autant parler de nazisme. Pourtant les « biocrates » pouvaient être progressistes. Le concept de développement doit-il, à l’identique, être condamné par la psychanalyse ? Les individus postmodernes, qui veulent augmenter la vie, qui ne conçoivent plus la mort de la chair, veulent supprimer le hasard, se préoccupent-ils encore de cet inconscient purement langagier ?

Peuple !
Les luttes des classes au XXIe siècle

Patrick Cohen-Seat
Paris (2016) : Demopolis

Demopolis Peuple | Les luttes de classes au XXIe siècle Comment expliquer l’impuissance des peuples européens à résister à la plus dure et longue régression sociale de l’histoire moderne, alors que les luttes sont si nombreuses et diverses qu’elles ont pu inspirer le slogan d’Occupy Wall Street : « Nous sommes les 99 % » ? Pour comprendre ce paradoxe, Patrice Cohen Seat revient sur l’histoire de la classe ouvrière. Il montre que, pour devenir force sociale, les « indignations » doivent pouvoir se projeter dans un horizon commun, un « projet » dans lequel les classes populaires puissent se reconnaître. Il faut pour cela tirer toutes les leçons de l’effondrement du socialisme d’État, et faire l’immense effort « d’imagination, politique » que suppose l’émergence d’une nouvelle espérance mobilisatrice. Explorant les idées et expériences novatrices, en Grèce, en Espagne et ailleurs, l’auteur affirme que « le peuple » pourrait prendre le relai de la classe ouvrière et disputer à nouveau aux classes dominantes leur leadership et leur pouvoir. Ce qui suppose un profond renouvellement théorique et politique auquel il appelle les forces d’émancipation.

Ils m’ont haï sans raison

Jacob Rogozinski
Editions du Cerf, Coll. Passages, Paris 2015

Qu’est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? C’est la logique de la haine, toujours active et menaçante, que ce livre s’efforce de comprendre. Pour cela, Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s’est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en œuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Il analyse la recherche du « stigmate diabolique », l’aveu d’une « vérité » extorquée sous la torture, la dénonciation d’un « complot des sorciers », la construction de la figure de « Satan » comme ennemi absolu. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d’autres formes, dans d’autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendent encore les récentes « théories du complot ». En étudiant ces expériences historiques, en repérant leurs différences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l’on passe de l’exclusion à la persécution, comment l’indignation et la révolte des dominés peuvent se changer en haine et se laisser capter par des politiques de persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps.

Jacob Rogozinski est Philosophe, professeur à l’université de Strasbourg

 

Entrelacs
Résonnances transférentielles

Annie Franck
Paris (2015) : Hermann, coll. Psychanalyse

L’engagement y est total : de part et d’autre se condensent toutes les strates de l’expérience, toutes les modalités de contact avec le monde, les vécus les plus intimes et les rencontres qui les nouent. Ils se tissent et s’entrelacent, se mettent en résonances, s’appellent, s’entendent. Évidences linéairement reliées ou sauts soudains et inattendus vers des lointains enfouis, ils s’actualisent et s’imposent en un présent intense. Leur tressage demeure en grande part inconscient mais il porte, transporte, transforme : transfert.
Comment approcher une transcription de ces mouvements et de leurs entrelacs, ces entrecroisements d’une temporalité dispersée et de réalités hétérogènes ? L’écriture peut-elle même saisir ces variations et ces contretemps ?

Guerres et traumas

Olivier Douville, Sandrine Behaghel, Nedra Ben Smaïl, Henri Cohen Solal, et al.
Coll. Inconscient et Culture, Dunod, 2016

De la Première Guerre mondiale aux guerres d’indépendance, les conflits successifs du XXe siècle ont amené les psychanalystes à se pencher sur les soins à apporter aux patients traumatisés.
Les réponses ont évolué depuis Freud et ses élèves, avec, entre autres, les travaux d’un Fanon qui repensa les conditions de la psychothérapie institutionnelle dans le contexte de la guerre d’indépendance algérienne, tout en proposant sa propre version des traumas de guerre là où le politique fait effraction dans l’intime. Les services de psychologie des armées proposent des modèles précis de prévention des risques psychiques et de prise en charge des traumas de guerre.
Les conflits actuels – enfants-soldats en Afrique, guerre civile en Colombie, conflits au Moyen-Orient… jusqu’à la radicalisation des jeunes djihadistes – nécessitent des structures d’accueil et de soin psychique spécifiques.
Cet ouvrage propose ainsi une exploration des incidences des nouvelles formes de conflits – guerre larvée, guerre civile, radicalisation armée – et des dispositifs cliniques mis en place à l’épreuve de ces guerres modernes sur les subjectivités.

La condition de l’exilé

Alexis Nouss
Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, coll. Interventions, Paris 2015

Les phénomènes migratoires atteignent une ampleur inédite et suscitent de graves crises sociétales en Europe et ailleurs. C’est pourquoi il importe d’en renouveler les analyses en se penchant sur la condition des exilés. Si les discours actuels font du migrant une figure propre à alimenter chiffres et statistiques, ils gomment son vécu et ses parcours, ses espoirs et ses souffrances. Or, le migrant est d’abord un exilé, porteur à ce titre d’une identité plurielle et d’une expérience de multi-appartenance propres à enrichir le vivre-ensemble. Comprendre le migrant en tant qu’exilé permettra de mieux l’accueillir et, en place d’un droit d’asile défaillant, d’esquisser les fondements d’un droit d’exil.

Alexis Nouss (Nuselovici de son nom patronymique) est professeur de littérature générale et comparée à l’université d’Aix-Marseille. Il est responsable de l’initiative de recherche « Non-lieux de l’exil » au Collège d’études mondiales à la Fondation Maison des sciences de l’homme à Paris.

Figures de la cruauté
Entre civilisation et barbarie

Sous la direction de Michel Gad Wolkowicz

Enjeu dans le développement de l’enfant, dans certaines expériences adolescentes, dans le rapport à l’autre, on la retrouve aussi dans les étapes d’une civilisation, dans les rituels structurant la vie d’une société et des sociétés ensemble (le sacrifice, la guerre…) ou encore dans l’art, dans la littérature. La place que lui font une époque, une pensée, peut caractériser un état de civilisation et de culture – ou de barbarie.
Omniprésente dans le monde contemporain, elle se manifeste dans la vie politique, dans l’espace du travail, scolaire, médiatique, virtuel, mais aussi dans l’univers familial. C’est pourquoi, dans cet ouvrage, la cruauté n’est pas pensée comme une abstraction métaphysique ou sociologique, mais comme une réalité psychique, affectant des sujets (individus et groupes) bien réels.
Banalité du mal, pulsion de mort, emprise, destructivité, sadisme… Plus de 40 intellectuels (historiens, philosophes, psychiatres, psychanalystes, sociologues…) s’attachent ensemble à aborder notre époque en considérant la cruauté comme une notion psychopathologique, comme un indice culturel et comme un symptôme du « Malaise dans la civilisation ».

Vivre sans le capitalisme ?
Inconscient et politique

LOUIS MOREAU DE BELLAING

Dans cet ouvrage, l’auteur s’efforce de montrer qu’il y a, dans nos sociétés modernes démocratiques, une légitimation et une légitimité sociales et politiques approximatives. Il explique notamment que ces sociétés, aujourd’hui, sont non seulement trouées de degrés d’excès illégitimes, mais qu’elles sont surtout dominées en excès illégitime global par le capitalisme. Les luttes se font, dans les meilleurs des cas, contre les excès illégitimes sociaux et politiques et contre ceux, globaux, spécifiques au capitalisme.

La genèse de la politique
Légitimation VI

LOUIS MOREAU DE BELLAING

Ce dernier ouvrage s’inscrit dans une série qui envisage la question de la légitimation et de la légitimité sociales et politiques (au sens du politique). La politique apparaît ici, non en position de supériorité, de suprématie, mais d’écart, de distance maximale par rapport au politique, au social et à l’économique.

La cure psychanalytique de l’enfant
Psychanalyse et civilisations

Jean-Michel Porret

Cet ouvrage s’efforce d’explorer ce qui se passe dans la cure psychanalytique des enfants névrosés et de montrer que peut y être accompli avec eux un véritable travail analytique, comparable à celui qui est réalisé dans la cure classique des adultes névrosés. Il s’intéresse également à l’application du traitement analytique aux enfants qui présentent des pathologies non névrotiques et non exclusivement psychotiques et soutient qu’un modèle très différent de celui de la névrose doit y être utilisé pour parvenir à modifier favorablement et durablement les perturbations de leur fonctionnement psychique.

L’enchantement de la société civile globale
ONG, femmes, gouvernance

Bernard Hours, Monique Selim

Depuis plusieurs décennies, les ONG se sont faites les hérauts d’une société civile aujourd’hui autant évoquée qu’imprécise. L’Etat est lui invité par les normes de « bonne gouvernance » à gérer la société comme une vaste entreprise, opération à laquelle la société civile est sommée de participer. Cet ouvrage interroge ainsi dans une perspective anthropologique, l’évolution des ONG et les principaux ressorts idéologiques, mais aussi chimériques et symboliques, proposés par la globalisation.

Les folies mères-enfants

Georges Zimra

Cet ouvrage, issu d’une expérience de vingt cinq ans sur les folies mères-enfants, a rassemblé dans un travail en commun des pédiatres, psychanalystes, psychiatres, psychologues, sages femmes, travailleurs sociaux, éducateurs et aussi des juges qui ont été confrontés à une clinique des mères et des enfants dans des situations de folies extrêmes. Mères qui ne peuvent être mères, mères sans mères, qui accouchent sans renaître. Comment travailler avec ces mères et leurs nouveaux-nés, avec des mères qui ne peuvent l’être, qui tentent de l’être ?
La rareté aujourd’hui, est qu’une parole puisse être accueillie pour ce qu’elle dit et non pour ce qu’elle signifie ; pour la rencontre qu’elle autorise, non pour l’assignation à laquelle elle condamne ; pour altérer un sujet, non le réduire à devenir un gestionnaire, un testeur ou un informaticien de la psyché. Notre tâche fut de sortir de la novlangue qui garde la folie captive, de décloisonner nos savoirs, de nous dégager des observations et des évaluations pour que chacun dise en sa langue l’impensé de cette folie. Pour que nul ne se défasse ou ne démette d’un appel, sous quelque fonction qu’il s’abrite, sous quelque fonction qui l’abrite. Notre travail est là.

Etats du symbolique

Sous la direction de M.Wolkowicz

Rothko pensait que ses tableaux résultaient d’une mise en travail d’un rapport au monde et à soi, d’une façon de l’envisager et de s’envisager. Les États du Symbolique s’ouvrent par une de ces œuvres de symbolisation dont la puissance, la force de représentation et de mise en présence éclairent le vacarme vertigineux de nos actualités — qui enchaînent les signes de désorientation et de confusion, d’effacement des limites, de violences tous azimuts… et trahissent une déchirure du tissu du Symbolique, un délitement des symboles et références en usage.
Alors ? Comment ça va mal aujourd’hui ?

Cultures, Métissages et Paranoïa

Albert Le Dorze

Choc des cultures ! Ronde infernale des mots armés : racisme, esclavage, colonialisme, ethnocide, eugénisme, dégénérescence, xénophobie, ségrégation, multiculturalisme, appartenance, identité nationale, discrimination, intégration, libertés individuelles… Différences culturelles à promouvoir (indianité, négritude…) ou droit à la fluidité identitaire, au métissage universel ?

Psychiatrie coloniale et Frantz Fanon, la psychanalyse entre deux. Merah, Breivik se veulent les défenseurs de la pureté culturelle, paranoïa apocalyptique…(Coll. Psychanalyse et civilisations, mars 2014)

La Dette symbolique
Thérapies traditionnelles et psychanalyse

Charles-Henry Pradelles de Latour

À quoi tient l’efficience du guérisseur africain, du chaman amérindien et sibérien, du culte de possession au Sahel ? Charles-Henry Pradelles de Latour montre comment la castration, telle que Jacques Lacan la théorise, est l’opérateur des thérapies traditionnelles. Elle substitue une forme de discours à une autre, fait passer d’un état conflictuel pathogène à un état apaisé. Guérir, c’est changer de discours. Les croyances détachées de leur état subjectif sont des formes sans substance, les états subjectifs sans expression discursive sont sans résonance sociale. Ainsi s’éclaire, de manière inédite en anthropologie, aussi bien ce qui sous-tend les thérapies traditionnelles que la cure analytique.

Charles-Henry Pradelles de Latour est ethnologue africaniste, directeur de recherche émérite du CNRS, et psychanalyste.

Les figures de l’Autre
Pour une anthropologie clinique

Olivier Douville

Notre modernité est de plus en plus marquée par des phénomènes de déplacement, d’exil et d’exclusion de familles entières. Comment s’évader des certitudes identitaires afin de devenir des sujets de la multitude et du déplacement ?
Cet enjeu importe tant à la psychanalyse qu’à l’anthropologie. Il déplace ces deux disciplines au-delà du culturalisme. Le dialogue est urgent entre cliniciens et anthropologues. L’anthropologie psychanalytique contenue chez Freud et même Lacan est-elle actuelle ? Les mythes psychanalytiques ont-ils une pertinence ? Le mythe freudien est-il universel ?
Ce livre expose d’abord l’histoire des rencontres entre les deux disciplines, les filiations et les tensions qui ont marqué leurs échanges. Il situe les moments les plus vifs des débats qui explosèrent autour de l’enjeu très controversé que représente la création de dispositifs thérapeutiques spécialisés pour les dits « migrants ».
C’est sur le projet d’une construction de l’anthropologie clinique que se termine ce livre. L’auteur illustre son propos par le témoignage de plusieurs fragments de cures menées avec des personnes et des familles provenant du Maghreb, des Antilles ou de l’Afrique de l’Ouest, que ce soit à Paris, au Sénégal ou au Mali.

Freud et la culture

ERIC SMADJA

Freud et la culture explore les représentations freudiennes de la société et de la culture, celles de sa Vienne, mais aussi celles de l’Occident et des sociétés primitives et historiques, ainsi que la société et la culture en soi. Elaborées à l’écart des conceptions sociologiques et anthropologiques contemporaines, Freud a développé une socio-anthropologie personnelle qui sera vivement critiquée par les sciences sociales. Enfin, sera présentée, à partir des écrits socio-anthropologiques et autres textes majeurs, notre construction de la notion freudienne de Kulturarbeit, jamais définie et qui, pourtant, nous semble centrale dans son oeuvre.

Éric Smadja est psychiatre, psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, thérapeute de couple et anthropologue, membre associé de l’Association américaine d’anthropologie. Lauréat du Prix de la contribution exceptionnelle à la recherche psychanalytique décerné par l’Association psychanalytique internationale en 2007, il a notamment publié : Le complexe d’OEdipe, cristallisateur du débat psychanalyse / anthropologie (Puf, 2009) et Le couple en psychanalyse (Puf, 2013).

Les marchés de la folie

GEORGES ZIMRA

La folie n’est plus. Elle a perdu son mystère, son énigme, sa sacralité, son effroi et sa terreur pour devenir l’empire des troubles psychiques, qu’une société plus permissive que libre, tolère, autorise et au bout du compte organise dans l’immense marché mondial de l’industrie pharmacologique. Une raison plus folle que la folie, mesure, calcule, évalue, nos troubles, nos conduites, nos comportements et nos émotions pour les réduire à des paramètres de calculs.Ce qu’il faut expulser de la folie : c’est le sujet et son indétermination, la langue et sa polysémie, la parole constituante, la souffrance incommensurable. Ce qu’il faut établir : c’est l’adéquation des hommes à leurs désirs, leur conversion au langage machine, leur assignation à un ghetto sémantique. Ce qu’il faut fabriquer : c’est un homme hanté par l’idée du programmable, obsédé par la prédiction et l’anticipation, contrôlé par des optimisateurs d’humeur, modifié par des régulateurs d’émotions, conduit par des adaptateurs de comportements : un homme sans surprise, prédictible, automate, régi par des machines neuronales, cognitives, biologiques, génétiques, comme seule forme d’avenir.

Georges Zimra, est psychiatre, psychanalyste, il exerce à Paris. Il a notamment publié, Freud, Les juifs, les Allemands, Erès 2002 ; Résister à la Servitude, Berg International 2009 ; Le Tourment de l’origine, Berg International 2011.

Hommes et femmes dans la production de la société civile à Canton (Chine)

MONIQUE SÉLIM

Avant-garde économique de la Chine, la province du Sud – le Guangdong – et sa capitale Canton, se présentent comme un laboratoire des évolutions sociales et politiques en cours dans ce pays. Cet ouvrage est fondé sur des investigations anthropologiques menées depuis 2005 auprès de groupes sociaux innovants, alliant forces internes et modèles externes globalisés. Les aspirations et les blocages des couches urbaines actuelles s’y dévoilent et révèlent les formes différentes et contradictoires que prennent l’émergence, la production et la structuration d’une « société civile » dans ses rapports avec l’État-parti.

Monique Selim est anthropologue, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Elle a mené des recherches dans la France urbaine, puis au Bangladesh, au Laos, au Vietnam, en Ouzbékistan et maintenant en Chine. Dans chaque situation étudiée (quartier, entreprise, institution, ONG, culte) elle s’est attachée à saisir les articulations entre les logiques des acteurs, leurs imaginaires et les processus globaux.

La crise sans fin

MYRIAM REVAULT D’ALLONNES

C’est une évidence : on ne parle plus aujourd’hui d’une crise succédant à d’autres crises – et préludant à d’autres encore –, mais de « la crise », qui plus est d’une crise globale qui touche aussi bien la finance que l’éducation, la culture, le couple ou l’environnement. Ce constat témoigne d’une véritable mutation : si à l’origine le concept de krisis désignait le moment décisif dans l’évolution d’un processus incertain permettant d’énoncer le diagnostic (et donc la sortie de crise), nous vivons actuellement précisément l’inverse – le moment où surgissent les incertitudes quant aux causes, aux effets, à la possibilité même d’une issue. Afin d’éclairer ce renversement, Myriam Revault d’Allonnes se penche sur le mouvement d’arrachement au passé et à la tradition qui caractérise la modernité, et qui dissout d’un même élan les anciens repères de la certitude qui balisaient la compréhension du monde. Privé de toute forme de transcendance, l’homme moderne se trouve face à un monde redoutablement ambigu et auto-référentiel, qui a vu s’évanouir tour à tour l’idée de temps nouveaux, la croyance au progrès et l’esprit de conquête, modifiant profondément le rapport de l’homme à son vécu et à ses attentes. C’est à partir de cette expérience du temps d’un nouveau genre, à la fois coupée de ses référents passés et dépourvue de lendemains qui chantent, que cet essai stimulant nous invite à reconsidérer de façon inédite la « crise » dans laquelle nous sommes plongés et à y puiser de quoi aller de l’avant.

De la cure à l’écriture

JANINE ALTOUNIAN

Dans ce livre sur la transmission, l’auteur illustre par des exemples personnels le rapport existant entre le travail de la cure et celui de l’écriture lors de l’élaboration d’un héritage traumatique : écrire, c’est-à-dire traduire au monde, ressenti comme étranger au désastre familial, l’espace mortifère d’un héritage psychique peut faire partie intégrante de cette élaboration. Toute publication visant à socialiser une subjectivité que la cure laisse peu à peu émerger d’un monde frappé d’invisibilité relance en effet le travail inconscient sur une voie novatrice en dessinant de nouveaux contours à l’intériorité de l’analysant/écrivant.
Le parcours analytique esquissé ici cherche à témoigner de ce qui s’est transmis aux descendants des survivants, tous disparus à présent, du génocide arménien de 1915, nié par l’État turc. Aboutissant à la réappropriation et à l’amour de cette transmission, il peut être lu comme un cas clinique intéressant les psychanalystes et les héritiers de diverses catastrophes historiques. Il montre par ailleurs combien une telle élaboration est également tributaire du poids des valeurs démocratiques au sein du pays d’accueil des survivants.

Janine Altounian essayiste, est par ailleurs cotraductrice et responsable de l’harmonisation des Œuvres complètes de Freud, aux PUF, sous la direction de Jean Laplanche. Née à Paris de parents arméniens rescapés du génocide de 1915, elle travaille sur la « traduction » de ce qui se transmet d’un trauma collectif aux héritiers des survivants.

La psychologie de masse aujourd’hui

MICHEL GAD WOLKOWICZ

Schibboleth : mot de passe, « épi » en hébreu, produit du travail de culture des hommes, ressource de vie et de transmission, mot de la signifiance du Langage et, de la Bible à Paul Celan en passant par Derrida et Freud, symbole de l’altérité. La collection Schibboleth – Actualité de Freud -, s’inscrit dans le sillage d’Imago, la première revue freudienne. Lieu de recherches et d’échanges transdisciplinaires, elle invite le lecteur à un débat ouvert mené par des auteurs et des acteurs de référence dans les domaines de la science, de l’art, de la société ici réunis pour réfléchir, témoigner, discuter autour des questions-clefs que pose notre monde en crise. L’esprit, le programme et le défi de la collection Schibboleth – Actualité de Freud – : décider du travail de civilisation et de culture à partir du monde tel qu’il est, non tel qu’on voudrait qu’il soit. Il était naturel de s’intéresser d’abord à la psychologie de masse, comme phénomène et comme notion, comme voie d’accès privilégiée au coeur de notre époque. La psychologie de masse, pouvant s’appliquer à toute structure sociale, représente une réalité essentielle pour chaque être humain (quant à son individuation) et pour l’espèce humaine (quant à sa perpétuation). Parce qu’on se construit dans un rapport aux autres, parce qu’il n’y a pas de pensée sans échange, parce qu’il n’y a de sujet, aujourd’hui et maintenant, qu’inscrit dans une filiation.

L’accès au social
Légitimation V

LOUIS MOREAU DE BELLAING

Une nouvelle perspective sur le social, c’est-à-dire sur les rapports sociaux, est proposée ici. Elle fait sa place à la subjectivité collective et individuelle. elle montre également comment l’investissement simultané dans le concret, le matériel, le corps, et dans le symbolique et l’imaginaire noue, dans l’échange réciproque, le social et le lien social. Cet investissement contribue également à créer et à recréer les actes et les oeuvres de la vie quotidienne et politique.

LOUIS MOREAU DE BELLAING est ancien professeur des universités. Auteur seul ou en collaboration d’une quinzaine d’ouvrages portant sur le paternalisme, l’autorité, la légitimation du pouvoir, la démarche sociologique, les populations sous-prolétarisées (SDF) et le handicap, il donne ici une suite à quatre ouvrages parus chez le même éditeur : La Légitimation (1996), La fonction du libre arbitre, légitimation II (2000), Le don et l’échange, légitimation III (2005), Le pouvoir, légitimation IV (2009).

Clinique psychanalytique de l’exclusion

OLIVIER DOUVILLE, MICHÈLE BENHAIM, CLAUDE BOUKOBZA, ET AL.

Cet ouvrage explore les diverses facettes des effets subjectifs des exclusions et des précarisations, de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte. Il met l’accent sur les réponses institutionnelles et leurs possible impasses. Enfin, il expose les fonctions psychiques que peuvent prendre pour certains sujets ces situations de marginalisations extrêmes et de préjudices. Premier livre qui relate de façon détaillée le travail du clinicien avec les exclus, il répond à une très forte demande des acteurs de soin et d’accompagnements sociaux, à l’heure où les réponses institutionnelles à la précarité tendent dans le domaine du soin à se multiplier au risque d’une certaine dispersion.

Olivier Douville – Maître de conférences en psychologie clinique à l’université Paris 7-Denis Diderot et directeur de publication de la revue Psychologie clinique. Michèle Benhaim – psychanalyste, professeur de psychologie à l’université Aix-Marseille. Claude Boukobza – psychanalyste, chargée de cours à Paris 7. co-fondatrice et consultante à l’unité d’accueil mères-enfants de Saint Denis. Marie Cousein – Psychanalyste MECS dans le 77. Virginie Degorge – psychologue clinicienne, centre d’accueil et de soins en toxicomanie (Charleville-Mézières) Chargée de cours à Paris 7. Marie-Claude Fourment – Professeur de psychologie Paris 13, rédactrice en chef des Cahiers de l’infantile. Jean-Paul Mouras – Psychanalyste, maître de conférence Paris 7. Sylvie Quesemand Zucca – psychiatre, psychanalyste SMES (santé mentale exclusion sociale) à l’hôpital Sainte-Anne.

Le tourment de l’origine

GEORGES ZIMRA

L’homme occidental est hanté par le deuil d’une origine dont il ne cesse de vouloir saisir le nom dans les mythes, les fables et les religions qui en constituent le récit. Mais à mesure qu’il tentait de nommer le monde, son tourment ne cessait de croître car ce qu’il nommait là l’éloignait d’autant de lui-même, l’altérait de manière irréversible, menaçait de le dissoudre. L’humanité est–elle une ou plurielle ? Pour répondre à la question de la diversité humaine on devait observer, classer, hiérarchiser les hommes, ce qui revenait aussi à les séparer, les différencier, et au bout du compte à distinguer entre « eux » et « nous ». Avec les Lumières, les cultures sont déclarées incommensurables. Si chacune aspire à l’universalité sont-elles pour autant égales ? Les hommes sont-ils assignés à une culture, aliénés à des représentations, enfermés dans le musée de ce que nous fûmes ou promis à un à-venir ?Aujourd’hui, le débat sur l’identité traduit un malaise dans la culture. Il s’agit de distinguer entre le pluralisme nécessaire à toute vie démocratique et un multiculturalisme qui peut en être la limite. L’effacement des repères symboliques, le décloisonnement des cultures, le brassage des populations, a favorisé l’émergence d’une identité cosmopolite autant que fondamentaliste, communautariste, clanique, ethnique.
La psychanalyse nous enseigne que l’identité ne se don-ne que masquée. Une identité qui prétend à l’immuabilité menace non seulement le corps social mais porte atteinte à l’idée même d’humanité.

Psychopathologie du travail

BERNARD DORAY

Dans les années qui jalonnent les textes de ce livre, des milliers de personnes pouvaient se mobiliser pour empêcher le licenciement d’une infirmière après une grave tentative de suicide. Aujourd’hui « l’épidémie de suicides » chez France Télécom s’appréhende en termes de gestion de crise. Les souffrances au travail sont reversées dans le domaine pathologique. Autrefois, il était rare qu’un patient impute spontanément sa souffrance à son travail dans une consultation psychiatrique. Aujourd’hui, c’est le cas d’un dixième des usagers. Cette transformation montre que les souffrances au travail sont mieux reconnues mais aussi qu’elles sont plus fréquentes. Dans ce contexte, la psychopathologie du travail dont l’auteur retrace ici l’émergence comme discipline scientifique s’est largement développée en France. Dans une perspective psychologique, historique, anthropologique, philosophique et politique, l’auteur, à partir de sa riche expérience d’acteur de terrain et de chercheur dans le champ du travail humain, apporte ici sa contribution à la nécessaire élaboration d’une pensée conséquente sur le travail humain et la considération que la société lui porte.

BERNARD DORAY est psychiatre-psychanalyste et anthropologue. Il est entré dans la clinique du travail dans le début des années 1970, par la militante marxiste. Entre 1982 et 1995, il a été responsable des initiatives du ministère des Affaires sociales visant à créer un pôle de recherche dans le domaine de la santé mentale. Dans ce contexte, il a accompagné activement le développement de la psychopathologie du travail en France, en même temps qu’il oeuvrait au rapprochement de la psychanalyse avec les sciences sociales.

Les modes d’organisation du transfert
Transferts névrotiques et non névrotiques en psychanalyse

JEAN-MICHEL PORRET

Après la disparition de Freud, l’application de la cure analytique aux patients qui présentent des structures non névrotiques a permis de précieuses avancées dans la connaissance des diverses perturbations qui affectent le fonctionnement du psychisme humain. Elle a conduit à porter un autre regard sur cette résistance et ce ressort essentiel de la cure qu’est le transfert et, par conséquent, sur le contre-transfert. Dans cet ouvrage, Jean-Michel Porret en donne une vue comparative.

Psychanalyses entre mots

ANNIE FRANCK

« Nous naissons pour ainsi dire provisoirement quelque part ; c’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement” écrit Rilke. Etre au coeur de la recomposition des origines quand celles-ci semblent suspendues au dessus du chaos ou du vide, tel peut-être le voyage de l’analyste dans la cure.
Annie Franck évoque dans ce livre l’expérience transférentielle, alors qu’elle est confrontée aux limites du sujet, aux bords du corps, de la représentation et de la parole. Des patients sur le fil de l’existence. Dans quelle mesure l’analyste peut-il créer ici quelque chose entre les images, les blancs et les traces ? Que peut-on construire à la limite du représentable ? Avec une écriture remarquablement juste, Annie Franck tente de s’approcher et d’apprivoiser ce qui ne peut pas encore se dire et peut constituer pourtant un moment décisif du cheminement analytique. Entre la création et le respect de la violence de certaines images qui ne peuvent pas encore s’exposer, ici chaque pas compte, même les plus silencieux.

Claude Lefort et l’idée de société démocratique

LOUIS MOREAU DE BELLAING

LOUIS MOREAU DE BELLAING est ancien professeur des universités. Auteur, seul ou en collaboration, d’une quinzaine d’ouvrages portant sur la démarche sociologique, l’autorité, les populations sous-prolétaires et SDF, le handicap, il donne ici une suite à trois ouvrages parus chez le même éditeur, La Légitimation (1996), La Fonction du libre arbitre – Légitimation II (2000), Don et échange – Légitimation III (2005).

Anthropologie d’un service de cancérologie pédiatrique

MARIE BONNET

Marie Bonnet propose un nouveau regard sur une institution qui n’est souvent perçue que dans sa dimension tragique où l’enfant, pur objet d’un fatum, peut guérir ou parfois mourir. Il fallait y aller voir de plus près. Un service d’oncologie pédiatrique est certes un lieu ou l’on exerce des pratiques thérapeutiques, mais c’est aussi un dispositif social qui a ses rituels, ses circuits d’échanges et de communications. Et, comme tel, il intéresse aussi bien l’anthropologue que le psychanalyste.
Cet ouvrage est issu d’un travail de trois années au sein des équipes d’un service spécialisé. L’auteure y a mis en oeuvre une approche pluridisciplinaire originale, avec pour but de contribuer au plan pratique à une meilleure modulation des approches curatives, mais aussi à la formalisation d’une réflexion plus globale qui intéressera aussi les non praticiens. Ce livre s’adresse donc aussi bien au médecin oncologue qu’au psychanalyste, à l’anthropologue social qu’à tout lecteur, directement concerné peut-être, soucieux de comprendre comment derrière les masques souvent opaques de la technicité se bâtissent des constructions dont la portée dépasse bien souvent le champ d’application spécifiquement médical.

MARIE BONNET est anthropologue-psychanalyste.

Processus d’humanisation : devenir et être adulte

JEAN-JACQUES WEISBUCH

Le monde contemporain est confronté à une crise que l’humanité n’a jamais connue. L’homme d’aujourd’hui est-il différent, s’est-il fondamentalement modifié ? Les étapes de son développement demeurent des constantes, même si le contexte culturel a fondamentalement changé. Les parents jouent un rôle primordial dans la construction de la personnalité de l’enfant. Au cœur de ce processus se situent la langue et ses propriétés : assurer la représentation et permettre la réflexion ; d’où l’importance de la qualité de transmission de la langue maternelle et de son appropriation par le bébé. Lorsque la richesse lexicale sera suffisante, apparaîtront les premiers questionnements. L’auteur nous présente les différents enchaînements, où chacune des étapes assure l’assise de la suivante. Adulte, son désir déterminera largement ses choix.

JEAN-JACQUES WEISBUCH, né le 19 février 1942 à Gap (Hautes-Alpes). Second d’une fratrie de six. Parents agriculteurs. Etudes de médecine à la Faculté de Montpellier. Diplômé de neuropsychiatrie en 1970. Parallèlement, formation à la psychanalyse. Pour l’essentiel, dès 1968, carrière dans les Alpes-Maritimes. Fonction de chef de service à Nice puis à Cannes, en pédopsychiatrie. A assuré pendant une quinzaine d’années, dans la cadre de la Faculté de médecine de Nice, un enseignement en pédopsychiatrie.

Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie

MYRIAM REVAULT D’ALLONNES

On se souvient de la formule de Churchill : «La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres.» À l’évidence, nous n’ «aimons» pas la démocratie. Et pourtant nous sommes tous démocrates… Étrange procès en désamour que celui-là, dont la virulence égale l’ancienneté : toute petite déjà, à Athènes, la démocratie ne manquait pas de détracteurs…
Myriam Revault d’Allonnes s’interroge, non pas sur les critiques ou les sarcasmes dont la démocratie est l’objet, mais sur la nature de l’expérience démocratique, travaillée par l’incertitude, le conflit, l’inachèvement, inextricablement liée à ce qui s’oppose à elle et la menace. Comment l’homme démocratique, confronté à cette existence toujours problématique, ne serait-il pas en proie à l’insatisfaction et à la déception permanentes ? Cependant, si nous n’«aimons» pas la démocratie, pouvonsnous ne pas la vouloir ? Car c’est bien l’expérience démocratique qui fait de nous des sujets éthiques et politiques, des citoyens qui ne veulent pas être ainsi gouvernés : « pas comme ça, pas pour ça, pas par eux ».

MYRIAM REVAULT D’ALLONNES est philosophe, professeur des universités à l’École pratique des hautes études. On lui doit de nombreux essais de philosophie éthique et politique dont : Ce que l’homme fait à l’homme (Seuil, 1995), Le Pouvoir des commencements (Seuil, 2006) et L’Homme compassionnel (Seuil, 2008).

Le pouvoir
Légitimation IV

LOUIS MOREAU DE BELLAING

La problématique du pouvoir qui est proposée prend en compte l’inconscient. Elle se refuse donc à donner la moindre primauté au pouvoir politique.
Partant des individus et des groupes, elle s’efforce de montrer comment un pouvoir de peut apparaître, celui de notre quotidien par exemple, et comment, par un choix du libre arbitre, il peut devenir un pouvoir sur, en s’associant aux formes de l’obligation : agressivité, contrainte, force, violence, puissance, domination. Enfin, pouvoir de et pouvoir sur, il s’agit de montrer comment le pouvoir s’explicite et se rend agissant dans l’échange.
C’est donc le pouvoir social et politique que nous faisons apparaître, réservant à un autre livre le pouvoir du politique et de la politique.

LOUIS MOREAU DE BELLAING est ancien professeur des universités. Auteur, seul ou en collaboration, d’une quinzaine d’ouvrages portant sur la démarche sociologique, l’autorité, les populations sous-prolétaires et SDF, le handicap, il donne ici une suite à trois ouvrages parus chez le même éditeur, La Légitimation (1996), La Fonction du libre arbitre – Légitimation II (2000), Don et échange – Légitimation III (2005).

Résister à la servitude

GEORGES ZIMRA

Les questions que posait Étienne de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire sont plus que jamais d’actualité : « Pourquoi les hommes libres deviennent-ils esclaves ? Pourquoi le grand nombre est–il soumis au petit nombre ? Pourquoi le pouvoir de l’Un est–il plus grand que ceux des uns ? » De nos jours, le capitalisme a décloisonné les frontières et les cultures pour faire du monde un vaste marché, inaugurant une servitude inédite car désirée, espérée, attendue.
Résister à la servitude c’est reconnaître que l’homme est incommensurable, qu’il ne peut être ni évalué, ni chiffré, ni défini, ni adapté, pas plus qu’il ne peut être rendu à lui-même en le réduisant aux lois de la biologie, de l’économie de marché et de la démocratie d’opinion. La résistance est un esprit de dissidence, de dissonance au regard des discours dominants. Résister veut dire immédiatement, sans délais, rouvrir chaque lutte possible pour un monde à venir, parce que l’inaccomplissement de l’homme est essentiel au monde, c’est cela qui consistue son a-venir ; l’oublier c’est accepter d’être déterminé par toutes les lois qui restreignent sa liberté et son désir, qui pérennisent les servitudes.

GEORGES ZIMRA est psychiatre, psychanalyste il exerce à Paris. Il a notamment publié : La Passion d’être deux, Érès, 1998 ; Freud, les Juifs, les Allemands, Éres, 2002 ; Penser l’hétérogène, L’Harmattan, 2007 ; Le Sacré, cet obscur objet de désir (collectif ), Albin Michel, 2009.