Les Séminaires Thématiques 2023

Effets de la Modernité dans la clinique (6)

Cycle de formation 2023 sous la direction de
Marie-Laure Dimon, Christine Gioja Brunerie et Anne-Marie Leriche

Habiter le corps de la mère, habiter le corps psychique.
Les espaces, les lieux

 

Samedi 4 février 2023 :
USIC, 18 rue de Varenne – 75007 Paris

Samedi 10 juin 2023 :
USIC, 18 rue de Varenne – 75007 Paris

 

Jean Nadal, Tryptique

Jean Nadal, Tryptique

Dans le cadre de la formation continue, le CIPA propose deux séminaires thématiques au cours des premier et deuxième trimestres 2023. Ils comporteront chacun deux exposés. Cette année ces séminaires seront animés par Marie-Laure Dimon et Gérard Delacour. Nous étudierons, à travers les apports spécifiques des intervenants comment, à partir de ses origines et en lien avec son environnement social, le sujet de l’habiter s’inscrit dans un processus interrelationnel tout en tentant de construire le monde dans lequel il se situe.

Cette formation s’adresse aux psychanalystes, psychiatres, psychologues cliniciens et aux professionnels intéressés par les effets de rencontre entre le sujet de la singularité et la culture. Ces séminaires observent et interrogent la fabrication du social par les individus et les répercussions du politique et du social dans la psyché humaine avec la modernité

 

Habiter le corps de la mère, habiter le corps psychique.
Les espaces, les lieux

La pandémie, le confinement, la guerre en Europe ont amené les individus à reconsidérer l’importance de leur habitat. Mieux encore, ils lui ont donné une place centrale par besoin de se replier sur l’intime, « le vers soi », révélant à la fois l’ontologique et un commun partageable.

Si habiter s’inscrit dans un processus interrelationnel, toutefois être dans le monde, tout en tentant de le construire, demande un engagement que nous envisagerons dans la pluridisciplinarité à partir du sens que prend actuellement la maison, l’espace et le lieu pour chacun et dans le social.

Comment le corps de la mère, « maison originelle », lieu de vie du fœtus dans le monde intra-utérin, permet-il de penser la notion du vivant et l’arrachement à notre animalité ? Du fait de son immaturité à la naissance l’être humain sera toujours en tension entre nature et culture, entre corps et esprit.

Comment le sujet de la singularité accomplit-il la déconstruction du maternel et du paternel pour s’approprier son corps psychique puis son autonomie ? Nous l’envisagerons dans les sociétés marocaine et mauritanienne à partir des pratiques de la musique et de la danse chez les jeunes hommes, mais aussi dans les sociétés occidentales chez l’adolescent avec « la maison natale », les lieux d’inscription psychique et le déchirement de quitter cet habitat, laissant advenir les figures des non-lieux et de l’anti-lieu.

Le monde du sensible et de l’intersubjectivité pourra-t-il établir assez de points de jonction entre le moi singulier et le moi collectif quand une des interrogations en démocratie est l’effacement des limites et des frontières ? Les espaces et les lieux seront-ils suffisamment contenants pour articuler les flux sensoriels à l’autre du social et non uniquement au « corps originaire à deux » qui favoriserait un nous totalisant, s’engloutissant dans la sensorialité ?

 

Marie-Laure Dimon
Christine Gioja Brunerie
Anne-Marie Leriche

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Habiter les chairs sensibles, habiter la culture

Samedi 4 février 2023, de 14h à 17h

Habiter
Albert Le Dorze

D’abord vivre ! Comme les animaux, nous avons un corps. L’utérus maternel, la séparation d’avec cette couveuse s’avèrent cruciaux pour accéder à une vie psychique nourrie par l’acquisition d’un langage, la fabrication d’outils. Bipèdes prématurés, nous devons affronter un primitif état de détresse. L’animal, pauvre, ne dispose pas de la liberté selon Kant, pour qui, malheur ! la sexualité demeure animale.

La psychanalyse ne peut s’affranchir des lois de l’évolution, écarter la pulsion, le sensible, le pathique, l’affect, briques indispensables à la construction de l’appareil à penser. La vérité de l’homme ne saurait résider en dehors de lui-même.

 

Le Maure isolé des Maures
Aline Tauzin

Telle est la définition que donne de lui-même un jeune chanteur mauritanien, signifiant par là son inscription dans une forme de rupture avec son groupe statutaire et, par-delà, avec sa société. C’est ce mouvement de déconstruction/reconfiguration de la « maison originelle », ici l’ethnie maure de Mauritanie, qui sera envisagé à travers le destin contemporain de la musique. D’abord instrument de la stratification sociale et de la domination masculine, puis expression féminine de l’intime, puis, ensuite, moment de pure sensorialité, dans une forme empruntée aux femmes esclaves, elle s’offre peu à peu comme lieu d’émanation du sujet singulier. Non sans que surgissent de fortes résistances, au nom de l’unité intangible du groupe, de son immuable identité.

 

Discutante : Marie-Laure Dimon

 

De l’intime au politique

Samedi 10 juin 2023, de 14h à 17h

Renouveler le concept d’enveloppe psychique : des contenants fœtaux à l’espace politique
Agnès Antoine

Je présenterai deux propositions théoriques concernant l’« enveloppe psychique1 ». Par la première, j’invite à fonder cette représentation sur l’expérience corporelle de contenance la plus primitive que font les êtres humains intra-utero. Par la seconde, à partir d’une analyse de la mondialisation et des pathologies nationalistes qu’elle a engendrées, je suggère d’élargir le concept à la notion d’« enveloppe politique ». Nous verrons comment ces deux hypothèses, par les déplacements épistémologiques qu’elles opèrent, d’une part vers l’origine, d’autre part vers le socius, se fécondent mutuellement

1Exposées au colloque international du 4-6 novembre 2021, à Besançon.

 

De la maison-mère à la Mère-patrie
Isée Bernateau

Qu’est-ce qu’une maison ? Qu’est-ce qu’un pays natal ? Pourquoi est-on attaché aux lieux dans lesquels on habite ? Et en fin de compte, qu’est-ce qu’habiter un lieu ? La maison natale, lieu du maternel par excellence, est un lieu dont l’habitabilité se construit à partir des représentations que l’enfant a de son propre corps et à partir du lien avec la mère. Cette psychogénèse de la maison inscrit le maternel au cœur des lieux d’ancrage, pour le meilleur et pour le pire. Elle fait de la maison un lieu à soi, garante de la continuité d’existence et de l’intimité, et une matrice de l’investissement psychique futur de tous les autres lieux par le sujet. Mais elle peut aussi, quand elle est soutenue par une idéologie de l’enracinement, contribuer à faire de la Mère-patrie un lieu qui devient le seul dépositaire et le seul garant de l’identité du sujet. Dans ce cas précis, le pays natal se charge d’une fantasmatique de la terre comme mère et d’un idéal de communion mystique avec la mère, par-delà toute séparation et tout renoncement.

 

Discutant : Gérard Delacour