Les Séminaires Thématiques 2022

Effets de la Modernité dans la clinique (5)

Cycle de formation 2022 sous la direction de
Marie-Laure Dimon, Christine Gioja Brunerie et Anne-Marie Leriche

Populisme, Ressentiment et Culture identitaire :
du refus au dialogue…

 

Samedi 29 janvier 2022 :
ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent – 75007 Paris

Samedi 11 juin 2022 :
USIC, 18 rue de Varenne – 75007 Paris

 

 Jean Nadal, Tryptique

Jean Nadal, Tryptique

Dans le cadre de la formation continue, le CIPA propose deux séminaires thématiques au cours des premier et deuxième trimestres 2022. Ils comporteront chacun deux exposés. Cette année ces séminaires seront animés par Marie-Laure Dimon et Gérard Delacour. Nous étudierons, à travers les apports spécifiques des intervenants comment, à partir de ses origines et en lien avec son environnement, le langage prend forme dans le social et le politique contemporain et dans la relation.

Cette formation s’adresse aux psychanalystes, psychiatres, psychologues cliniciens et aux professionnels intéressés par les effets de rencontre entre le sujet de la singularité et la culture. Ces séminaires observent et interrogent la fabrication du social par les individus et les répercussions du politique et du social dans la psyché humaine avec la modernité.

 

Populisme, Ressentiment et Culture identitaire
Du refus au dialogue…

Le fondement de toute interaction humaine est le langage[1], source du vivre ensemble qui permet in fine de se comprendre. Les mots renvoient à des réalités partagées, mais les mots sont complexes, ils condensent diverses métaphorisations et représentations et, plus encore, sont chargés d’affects, de sentiments et d’émotions. Certains mots, captés par le registre des passions humaines, peuvent en arriver à perdre leur sens. Les mots, populisme, inégalité et injustice, résonnent actuellement à travers le monde et posent des questions essentielles de société qui analysent le réel. Ils portent en eux les déchirures, les rancœurs et les insatisfactions des peuples comme celles des individus, au cœur même de nos démocraties inachevées et inachevables, prises dans la tourmente d’un libéralisme expansionniste.

 

Face à la montée des inégalités, certaines démocraties européennes vont se tourner vers le souverainisme, voire le nationalisme qui trouverait par la voie du populisme un mode d’expression en réponse à leurs problèmes contemporains. L’idée de populisme s’est déployée ainsi au xxie siècle avec une démocratie en crise, entre autres du fait de l’épuisement des idéologies, de la généralisation du marketing politique et de l’incapacité des dirigeants politiques à penser mondialisation.

 

La psychanalyse éclaire cet inachèvement démocratique par ses mises en forme de déconstruction/reconstruction, de transformation et de création tout en laissant advenir le désir des êtres humains d’être égaux entre eux. De fait, dès avant leur naissance, in utero, leur origine commune génère entre eux « une fraternité discrète[2] » mais, au risque d’une uniformisation qui les ferait disparaître, ce désir d’égalité ne doit pas être totalement satisfait.

 

Notre questionnement va s’orienter vers ce qui nous amène au populisme par la traversée de différentes théories, disciplines entre la corporéité, le sens, le langage et la culture identitaire.

 

Selon Pierre Rosanvallon, le mot populisme est apparu en France dans le champ de la littérature au début du xxe siècle quand des écrivains y ont différencié les populistes des prolétaires : les premiers, invisibles, y sont qualifiés de « gens d’en bas », dénomination qui peut même susciter le rejet. Si le mot populiste vient de peuple mais aussi de la plèbe, actuellement le peuple ne se définit plus comme un, mais pluriel et il en est de même pour le populisme qui n’existe pas en tant qu’entité. Il n’existe que des populismes, de droite comme de gauche et du centre. Toutefois, le populisme ne vient pas seulement de la littérature, Jacques Rancière le précise dans La nuit des prolétaires quand il évoque le nom de Leroux qui créa le terme de populisme. L’idée de peuple international a donc circulé dès la moitié du xixe siècle.

 

Le populisme prend aussi l’allure d’un « style politique » qui lui est donné par un esthétisme, par « une volonté de proposition de cohérence et de force politique convergeant vers l’Un et faisant appel à l’incarnation d’un chef[3] ». Mais aussi par une manière de parler du leader, ce chef incarne le peuple contre les élites auxquelles il est reproché de gouverner pour elles-mêmes. Ce style, qui vient chercher en nous du familier, est né d’une instabilité profonde des sociétés modernes qui tentent de trouver du commun à travers la diversité des populismes. D’ailleurs, une nouvelle catégorie des sciences politiques[4] étudie ce style où, avec la quête d’un leader charismatique, l’être est plus important que le faire politique.

 

Ainsi apparaît une politique du corps incarné dont l’enveloppe du style, entamée par toutes les crises sociétales, ne peut contenir l’affectif des relations entre sujet-citoyens, laissant surgir une effervescence émotionnelle et passionnelle. Cette politique, Vincent Martigny[5] en analyse ainsi les ressorts de la langue : « Elle transforme les auditeurs en consommateurs de petites phrases, de clashes et de buzz qui sont habituellement l’apanage des programmes télévisés. »

 

Pierre Rosanvallon parle alors de la langue des intentions qui ferait apparaître par magie des solutions viables. Le discours devient celui du performatif. Ces passions ont à faire face au désenchantement de la démocratie qui n’est plus là pour donner le pouvoir au peuple mais permettre à chacun d’être autonome. La démocratie serait-elle victime d’elle-même ? En plaçant l’individu au centre de nos sociétés, elle n’a jamais autant valorisé son émancipation qui est entrée dans un processus planétaire.

 

Dans cette diagonale des passions qui pénètre la démocratie, des phénomènes contradictoires se déploient nous faisant rencontrer parfois de l’indécidable. Malgré tout, si nous ne pouvons pas réduire le populisme à l’extrémisme, nous pouvons néanmoins en saisir la substance à travers la crise de la démocratie marquée par l’incertitude qui est l’un des plus grands vecteurs de l’angoisse existentielle.

 

Le populisme en démocratie ? Le style populiste, comme méthode, permet de prendre le pouvoir par l’affect familier de la ressemblance car nous sommes tous des semblables. Avec cet attribut du familier le style offre ainsi une certaine assise, une manière de voir les choses à partir de l’unité et de la différence, dans une époque donnée. Mais si le Un est peut être créé par la multitude, la psyché humaine peut aussi la refuser en choisissant alors la culture identitaire.

De plus, le style peut se combiner avec diverses idéologies structurées, comme le fascisme et le populisme identitaire.

« Les gilets jaunes[6] » ont montré avec véhémence et désespoir la grave crise sociale dans laquelle, année après année une politique néolibérale a enfermé les peuples dans l’unicité et favorisé ainsi des phénomènes de fragmentation entre les individus, le manque de reconnaissance à leur égard, le monde se faisant à côté d’eux en les excluant. Ils ont alors rendu visible le monde de l’invisible par l’émergence de l’impensé, celui d’un contenu latent refoulé par le social.

Pour la psychanalyse, le changement de monde dans ce rapport à soi-même, devant la toute-puissance de l’argent, peut conduire à des troubles narcissiques, des angoisses de morcellement. Ce changement peut toucher des invariants anthropologiques – l’ontologie humaine dans sa présence au monde – et conduire les individualités à éprouver le passage d’une perte d’objet, voire de l’objet primaire et de soi-même sous l’emprise de sentiments obscurs mettant bien souvent en tension des éléments psychiques avec le difforme, le monstrueux (mère/méduse). Nous pouvons faire appel ici à la métaphore de l’enfant et à ses effondrements inhérents à la séparation d’avec sa mère, mais aussi au père qui ne serait plus vécu comme protecteur, mais faible.

Alors est convoquée la représentation du Père de la horde freudienne qui livre les fils à l’arbitraire et au désordre. Le père est coupé en morceau : brisure du père, brisure de l’unité ; et les fils accaparent les morceaux pour mieux les incorporer. La pulsion prend ainsi le pas sur l’affect, laissant émerger le désir de la mort du père primitif, introduisant la place du manque et l’existence du symbolique. Si l’unité est toujours fondée sur le manque, plus encore elle serait fondée sur le manque du manque, la privation.

La horde des frères peut alors se massifier autour du fantasme d’un moi tout-puissant qui se soumettrait à un Autre non castré avec une focalisation sur la haine de l’autre. Un autre, un égal, un élément s’échappant de la horde de façon concrète et qui ne sera pas reconnu au dehors.

Si le père est absent ou n’a pas de place, la horde se trouve sans objet et les frères seront confrontés « au manque du manque ». Face à cette profonde frustration, la matrice sociale ne peut ni les contenir, ni tenir sa promesse d’enveloppe psychique contenant/contenu, étant elle-même attaquée de toutes parts par les transformations imposées par les politiques sociales. Si la démocratie est toujours déceptive, notre pluralisme reconstituerait-il les morceaux de l’unité du père, mais sans les joindre ? Que devient aujourd’hui le père en politique ? Le risque à ne pas courir, c’est l’unité de l’unité, l’auto-engendrement, comme elle surgit dans le populisme.

 

Certains historiens et philosophes font appel à la Révolution française, en désignant l’alternance entre « eux et nous », et la figure de Robespierre avec les deux faces de Janus, celles de l’incorruptible et du tyran pour tenter de comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans notre société. Dans son ouvrage, Robespierre – L’homme qui nous divise le plus, Marcel Gauchet[7] étudie Robespierre comme sujet incarnant une division constitutive qui, pour avoir été volontairement déniée, hanterait chacun de ses héritiers en faisant appel à la multitude des « je ». Il représenterait d’un côté, une figure de l’idéal démocratique et de l’autre, une figure de l’initiateur du totalitarisme par la radicalité des principes incarnés dans sa personne. Il s’agit au nom de ces principes de s’interroger sur une thématique populiste chez Robespierre qu’il met en scène au nom de la vertu du peuple contre la corruption des élites. Sa force d’identification va avec ce « UN sacral » d’un peuple uni, sans faille, sans incertitude. S’il s’est fait l’homme des droits de l’homme et du citoyen, Robespierre ne s’est pas moins enfermé dans « une autocélébration narcissique ».

Aurions-nous surmonté aujourd’hui le désir d’unité compacte et absolue, unité sans corruption ? Envisageons-nous, la division comme un préalable aux différences, à la pluralité et à la multitude ? Or, le populisme veut de l’Un et instaure un régime de passions et d’émotions par la démocratie directe, il élimine les tiers, les représentations, en aboutissant parfois à la dictature des sentiments, voire à la dictature des passions.

Nous approfondirons donc deux notions, le ressentiment et la culture identitaire, non pas uniquement comme phénomène ontologique et culturel mais social et politique.

 

La raison populiste repose sur un fond de passions humaines, dont le ressentiment, terme de la langue française, dérivé du mot sentiment qui signifie rancune. Ce sentiment est d’abord ontologique, puis interindividuel ce qui lui fait prendre une dimension sociale et politique. C’est une passion triste qui enferme le sujet dans un discours victimaire où il se piège lui-même.

En psychanalyse, Cynthia Fleury[8] voit l’éprouvé de souffrance au sein même de l’individualité à la source du ressentiment qui apparaît alors « comme l’arme des faibles et ce, d’autant plus, quand le rapport des forts et des faibles s’inverse ». Le ressentiment victimaire peut alors se transformer en ressentiment collectif par l’attraction et la massification des psychés singulières autour du négatif. La jouissance inhérente à une rumination du ressentiment conduit à l’évitement du travail de deuil, faisant ainsi dépérir un bon sentiment de soi-même en plainte victimaire tyrannique.

Le ressentiment a une histoire et une tradition de pensée spécifique qui en a été initiée par Nietzsche, puis Scheler, qui en ont fixé le sens « la comprenant comme l’émotion des faibles incapables d’affirmer leur hostilité à l’encontre de ceux qui les dominent. » De plus, « Scheler voit dans le régime démocratie un lieu structurellement plus enclin au ressentiment[9] ». L’ouvrage, Le ressentiment, passion sociale[10], est consacré à montrer les limites de cette interprétation et montre que le ressentiment concerne toutes les disciplines des sciences humaines amenant à porter « un regard incisif non seulement sur la nature humaine mais aussi de voir que derrière les vertus se tapissent l’envie et la revanche inassouvie relevant du rapport entre les émotions morales telles que l’indignation et certaines émotions hostiles la colère ».

Comment lutter en démocratie contre les inégalités quand le ressentiment est une expression sensible d’une égalité inachevée (A. Tocqueville). Le désir d’égalité peut aussi se transformer en égalitarisme dissimulant alors l’envie dont la trame de fond serait une mélancolie collective au cœur de la démocratie.

Comment y échapper quand le ressentiment est non-action du fait du choix qui l’amène à installer un régime compensatoire dans le monde imaginaire et non dans le réel ? Cette position entraîne un déni de responsabilité ainsi déléguée à autrui.

La responsabilité est au cœur du processus psychanalytique, elle s’oppose au déni par la création, l’ouverture et la pensée en action. Comment dépasser ses pulsions, voire les dompter car le ressentiment est à l’origine de l’être par la séparation originaire. Du fait de cette blessure, le moi ne sera jamais maître chez lui, offense, qui fait que le Soi ne sera pas un roi. Il incombe à tout un chacun la tâche de transformer inlassablement le négatif en l’affrontant, en le sublimant et en acceptant la nécessité de se confronter à l’incertitude et à l’injustice : c’est ainsi que l’être se constitue dans son humanité. Le ressentiment peut être alors une dynamique affective pour en saisir sa complexité car « c’est une structure affective et non existentielle ».

 

La psychanalyse postfreudienne amène à valider le passage de la culture narcissique à la culture identitaire en transformant le sujet moderne en victime de lui-même. Il s’agit d’être autocentré dans un monde fluide affaiblissant ainsi l’idéal collectif. Dans son ouvrage, Soi-même comme un roi, Élisabeth Roudinesco souligne qu’avec la chute des idéaux de la Révolution et les transformations de la famille, les luttes sociales sont devenues des luttes sociétales. Ainsi tout comportement dans cette lutte devient-il identitaire comme principe généralisé entre soi et les autres.

Y aurait-il une crise du Nous ? Notre capacité de fabriquer un avenir en commun est-elle menacée ? Quel langage tenir quand parole qui véhicule la haine est porteuse d’un repli sur soi ? La préférence est alors autocratique au détriment d’un idéal narcissique.

L’Europe serait-elle peuplée de sociétés dépressives et angoissées loin d’une conception révolutionnaire et des grandes figures de l’espoir ? Une rancœur s’est installée entre le peuple et les élites, elles-mêmes s’accommodant d’un nomadisme mondialisé et d’un plurilinguisme. Les autres, comme les « gilets jaunes »[11], ne seraient perçus que dans une nostalgie de la tradition souverainiste sans qu’il soit compris qu’ils posent la question de reprendre le contrôle de la société. Comment reconnaître le désir d’affirmation de chacun dans sa quête d’autonomie débarrassée des utopies d’uniformisation ? Aujourd’hui il n’y a plus que des affrontements d’identités au détriment d’idéaux collectifs, empêchant de trouver des compromis acceptables dans des sociétés où tout ne se jouerait que sur des détails.

La pensée freudienne comporte une pensée sombre, pourra-t-elle réconcilier la primauté des sentiments entre le monde (hors soi) et l’intime lequel reconnaît alors l’importance d’une raison éclairée ?

 

Marie-Laure Dimon

Christine Gioja Brunerie

Anne-Marie Leriche

 

 

[1]Federico Tarragoni , « Introduction. De quoi le populisme est-il le nom ? » https://www.  Cairn.info dans L’esprit Démocratique du populisme, 2019, P.9 à 30.

[2] Marie-Laure Dimon, « La fraternité entre hommes et femmes : un élément constituant du lien social » in Fraternités, Emprises, Esclavages. Les Rencontres-débat du CIPA 2012, L’Harmattan.

[3] Pierre Rosanvallon, Le siècle du populisme, éditions du Seuil, 2020.

[4] Référence à l’ouvrage Le style populiste, publié aux éditions Amsterdam, 2019. Groupe d’études géopolitiques, fondé à l’école normale supérieure, ont contribué : Lenny Benbara, Pierre Bonnet, Lorenzo Castellani, Gilles Gressani, Vera Marchand, Carlo de Nuzzo, Baptiste Roger-Lacan, Sofia Scialoja et Raffaele Alberto Ventura.

[5] Vincent Magny, https://www.france.culture.fr Le journal des idées.

[6] Marie-Laure Dimon et Louis Moreau de Bellaing « Turbulences et tumultes en démocratie », Les Rencontres-débat du CIPA, Le Sensible et le Barbare-Figures de l’homme planétaire. Editions L’Harmattan, 2021.

[7] Voir Robespierre doit-il nous enseigner la résignation politique ? | Terrestres par Sophie Wahnich.

[8] Cynthia Fleury, Cit- gît l’amer, Guérir du ressentiment, éditions Gallimard, 2020.

[9] Ib.

[10] Antoine Grandjean et Florent Guénard, Le ressentiment, passion sociale, livre collectif, éditions PUR 2012.

[11] Chloé Morin, Le populisme au secours de la démocratie, éditions Le Débat- Gallimard, 2021.

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Divisions, radicalités des différences : la haine peut-elle être transformée ?

Samedi 29 janvier 2022, de 14h à 17h

La clinique psychanalytique dans un temps de démence
Heitor O’Dwyer de Macedo

J’envisagerai les effets du néolibéralisme sur la pratique psychanalytique dans un monde où le traumatisme est devenu une méthode de gouvernement, en même temps qu’il y a eu un passage du respect des différences au postulat post-moderne qui considère toutes les différences comme équivalentes. La stratégie des pouvoirs en place vise que la population accepte et soutienne une politique basée sur la haine de l’autre. Tout ceci a déterminé un changement dans la conduite de la cure. A partir de mon ouvrage, Le psychanalyste sous la terreur (1986) et avec l’œuvre freudienne, je reviendrai sur les impasses auxquelles mène cette situation, et le peu de recours pour la clinique de la théorie lacanienne.

 

Unir le peuple, faire une cité est-il un projet populiste ? Printemps 1794
Sophie Wahnich

Saint-Just au printemps de l’an II, appelle à une « communauté des affections » faite du penchant des hommes à se chercher par affinité et à fonder des liens d’amitié, d’amour, de fraternité, d’hospitalité. Il déclare dans ce même rapport : « Il faut que vous fassiez une cité », « Il faut que vous rétablissiez la confiance civile ».

La politique à mener doit partir alors d’un état de fragilisation. Mais rendre la cité solide passe t-il par des processus d’identification délétères ? Il s’agit d’interroger ici l’appel aux institutions civiles, leur logique et leurs pratiques, de comprendre l’articulation espérée entre organisation et organisme social, une politique des mœurs

 

Discutante : Marie-Laure Dimon

 

Mutations identitaires, revendications sociales : le ressentiment 

Samedi 11 juin 2022, de 14h à 17h

Détresses et mutations des constructions identitaires contemporaines
Olivier Douville

Notre post-modernité se caractérise par un paradoxe : tout à la fois une volonté de se démettre des binarités imposées, et une ré-identification où chacun peut être sommé de choisir sa position dans de nouvelles essentialisations identitaires.

A la désuétude des géographies identitaires propres à la majorité compacte correspond la crise des narrativités identitaires et  celle des institutions  et des discours qui les légitimaient. Sommes-nous devant des déploiements utopiques qui cherchent leur épos ou vivons-nous dans un monde d’incrédulité et de ressentiment généralisés où les paralogies identitaires viennent stériliser débat et anticipation ?

 

De quoi le ressentiment est-il la demande ?
Florent Guénard (sous réserve)

Le ressentiment est une passion sociale unanimement condamnée, parce qu’elle se traduit par des aspirations désespérées, par des conduites excessives, par des évaluations injustes. Le ressentiment est assez compris, dans l’histoire de la pensée, comme un désir de vengeance, comme une revanche des plus faibles, comme une forme déguisée d’envie impuissante, qui se traduirait par des actions réactives et non par des aspirations positives. Le ressentiment est sans doute psychologiquement en effet cette colère rentrée, incapable de s’exprimer autrement que par la négation et le ressassement. Mais, dans nos démocraties, il faut aussi le comprendre comme la réaction affective à des promesses sociales non tenues.

 

Discutant : Gérard Delacour