Regards sur le livre avec :
Elie Cany
Marie-Laure Dimon (Recension)
Marie-laure Dimon (Présentation)
• Christine Gioja Brunerie (à venir)
Joseph-François Kremer
Albert Le Dorze
• Peggy Nordmann (à venir)
Jean-Michel Porret
Serge Raymond

Revue de Presse :
La Gazette des arts –
   Chantal Guionnet-Fusco – Article 1
La Gazette des arts –
   Chantal Guionnet-Fusco- Article 2
• Psychologie Clinique (à paraître)
• Marie-Laure Dimon

Présentation croisée 
18 mars 2023
avec les Editions L’Harmattan – 21 bis rue des Ecoles – Paris 5ème
autour du livre de Jean Nadal

ILS ONT RÉVOLUTIONNÉ LA PEINTURE
De l’hallucinatoire à l’imaginaire quantique
Cézanne, Picasso, Miró, Kandinsky, Malévitch

Jean Nadal
Collection : Psychanalyse et civilisations
L’Harmattan, Paris 2022

Cézanne, Picasso, Miró, Kandinsky et Malévitch s’emparent de l’espace pictural et révolutionnent la peinture. Tout en refusant d’être des sujets captifs peuvent-ils, pour autant, échapper à l’influence de la psychanalyse, aux découvertes de la physique atomique et de la mécanique quantique qui lui sont contemporaines ? Révolution de la pensée conduisant à concéder, qu’au-delà des apparences, sont mises à jour des lois bouleversant les notions de « réel », de « réalité », de « visible » et « d’invisible ». La division de l’atome, la lumière qui peut se comporter comme onde ou corpuscule, l’irreprésentabilité des particules, infiltrent le « continuum hallucinatoire » nourri par l’expansion d’un « imaginaire quantique », influencent d’une manière déterminante cette nouvelle génération de peintres. En rupture avec le pouvoir des institutions, ils s’emparent du champ de la création, aspirent à rompre avec l’art figuratif, à modifier le monde pour atteindre l’abstraction, l’art conceptuel, voire le virtuel. « Peintres et scientifiques partageraient-ils le même processus créatif ? Ne nous engagent-ils pas à admettre une connaissance où s’entremêlent le sensoriel et l’intelligible, le savoir conscient et inconscient, cette « pensée de la complexité » ouverte sur la transdisciplinarité et le champ anthropologique ?

L’auteur
Psychanalyste et peintre. Co-président du Collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie. Auteur et Directeur de la collection Psychanalyse et Civilisations chez l’Harmattan.

Présentation croisée avec :

PSYCHANALYSE ET POLITIQUE Sujet et citoyen : incompatibilités ?

Sous la direction de Marie-Laure Dimon – Les « Rencontres-Débat » du CIPA Collection Psychanalyse et civilisations dirigée par Jean Nadal L’Harmattan, Paris : 2009.

Cet ouvrage collectif est le premier d’une série adossée à la conception freudienne que « la psychanalyse est une anthropologie ». Il est suivi de six autres ouvrages et Le Sensible et le Barbare-Figures de l’homme planétaire  clôt la collection des « Rencontres-débat ».

Nous avançons ici que la psychanalyse et la démocratie ont parties liées dans le devenir d’un sujet en processus d’autonomisation. S’il est aussi assujetti au sociopolitique, l’autonomisation est cependant consubstantielle du social-historique et témoigne que la politique, au sens du champ de l’expérience, a une tâche paradoxale, celle de s’appuyer sur l’autonomie du sujet-citoyen toujours en devenir. Les auteurs explorent les dimensions psychanalytique et politique situées au cœur même de la condition humaine, de la pulsionnalité et de ses expériences de liberté inhérentes aux mouvements de ruptures avec le passé. Penser le vivre-en-commun, c’est envisager la pluralité des voix entre les différents discours interne/externe entre sujet et citoyen. Ces discours sont créateurs d’histoires, celles plus intimes du Je historien et celles collectives de penser ensemble le processus de l’histoire. L’enjeu de la société moderne se joue autour de la place vide du lieu du pouvoir qui pose la question du pouvoir politique des fils comme équivalent à celui des pères, en rupture avec la transcendance et contraignant le citoyen à penser la politique dans l’ici et maintenant. La notion d’égalité donne alors une forme aux oppositions entre le sujet, son irréductible singularité, et le citoyen contraint à penser la limite, la loi, le droit. Ces deux termes hétérogènes, ces deux désirs antagonistes reposent cependant sur une paradoxale compatibilité, à condition que le désir de l’un et le désir de l’autre, dans leur exigence de justice, soient régis par les notions du possible et de l’impossible, du permis et du défendu.


Présentation croisée

Le peintre est-il un animal politique ?

Déconstruire le patriarcat, déconstruire la représentation et même l’image pour en donner une autre dans un monde « sans objet », sans se laisser enfermer dans le pour et le contre, c’est ouvrir ce monde à la psychanalyse et à sa mise en relation avec l’ontologie de « l’objet maternel ». Ainsi Jean Nadal, à la lumière de la psychanalyse interroge-t-il les grands peintres de l’abstraction picturale qui ont révolutionné la peinture, au début du XXe siècle, dont Kasimir Malévitch, fondateur de l’art suprématiste, qui nous amène dans son aventure artistique et spirituelle. Ses écrits porteurs de sens et d’une pensée matricielle mettent en tension le soi-même et le monde extérieur. Sa création picturale intègre diverses influences politiques, la sienne et celle de l’Etat. Sa quête de « sensation pure » continue aujourd’hui à inspirer la question du politique dans les démocraties occidentales. En effet, ce sentiment crée de l’universel avec les autres pays de la planète-terre, car le sujet de l’immanence par sa pureté originaire et son auto-engendrement constitue l’archéologie du sujet/citoyen sur lequel les sociétés démocratiques s’appuient. Cependant la rencontre avec l’autre, les autres, ne peut se faire que sous conditions, celles de pouvoir déconstruire les structures de la pensée du sujet souverain au sens derridien. Le génie de ces peintres nous l’a fait apercevoir, mais à quel prix !


L’auteur Marie-Laure Dimon – Psychanalyste, ex-Présidente du CIPA (2009-2020), Thérapeute de couple. A dirigé la série les « Rencontres-débat » du CIPA dans la collection Psychanalyse et Civilisations : de 2009 avec Psychanalyse et Politique. Sujet et Citoyen : incompatibilités ? à 2021 avec Le Sensible et le Barbare. Figures de l’Homme Planétaire.

Homme animalisé ou animal humanisé ?

Albert Le Dorze Psychanalyse et civilisations L’Harmattan, Paris, juin 2020

L’image dans tous ses états… Il vous faut épingler un livre qui illustre le sujet. Eh bien, je choisis le dessin de couverture qui représente une vache qui psychanalyse un homme ! Inconscient animal de l’homme, animal animé par un inconscient ? L’image dans tous ses états vous dis-je !


Existent des livres d’oreille, sons et musiques, matières sonores, des livres qui touchent, se goûtent, sentent le musc, des livres de bouche, cuisine et gamahuchage, et des livres pour l’œil, depuis l’œil qui regarde Caïn dans la tombe, l’œil andalou découpé par une lame de rasoir, jusqu’à l’Histoire de l’œil[1] contée par Bataille qui ponce la perversion et poinçonne la révolution. Le livre de Jean Nadal cueille à tous vents, son titre claque dans la tempête : Ils ont révolutionné la peinture, prolongé par un mystérieux De l’hallucinatoire à l’imaginaire quantique. Cézanne, Picasso, Miró, Kandinsky, Malevitch. Manquent, sans doute, quelques points de suspension.


L’auteur Albert Le Dorze est médecin-psychiatre à Lorient, Secrétaire Général du Collège international de psychanalyse et d’anthropologie (Paris), auteur d’ouvrages publiés chez L’Harmattan et d’articles de psychopathologie et de critiques culturelles.

Esthétique musicale La recherche des dieux enfuis

Joseph-François Kremer Sémiotique et philosophie de la musique L’Harmattan, Paris, mars 2000.

Les ouvrages de la Collection Sémiotique et Philosophie de la Musique que je dirige depuis 1999, appartiennent à un courant d’investigation phénoménologique, tout en éclairant un vaste panorama de questionnement interdisciplinaire. Celui-ci est vivifié par la reconnaissance d’un principe d’analogie utile à la réception des perceptions. Sensibles aux stratégies de l’écriture inhérentes à différentes poétiques, — qu’elles puissent être littéraires, picturales, musicales ou philosophiques, — ces publications croisées, apportent au départ d’éléments réflexifs constamment renouvelés, des fondements à une psychologie du geste artistique en tentant d’allier le sensible à la raison. Je mentionnerai lors de mon propos l’ouvrage : Esthétique musicale, dont je suis l’auteur, et, étant largement ouvert à une lecture psychanalytique des signes, je ferai référence au livre de Jean Nadal, Ils ont révolutionné la peinture, paru récemment dans la collection qu’il dirige, Psychanalyse et Civilisations.


Présentation croisée

L’ouvrage de Jean Nadal présenté ce soir, Ils ont révolutionné la peinture, m’autorise à mettre en correspondance des analogies structurelles et symboliques que l’on peut déceler entre deux modes d’expression artistique, le pictural et le musical. En répertoriant quelques états de perception d’œuvres, incluant des signes psycho-sensibles et des états-d’être particuliers, Jean Nadal relève les impulsions physiques avec chocs chez Mirό, Kandinsky et Beksiński, qui pour sa part, dit que d’une simple vision qu’il perçut, il eut immédiatement envie de la peindre. Cette notion de rêves, comme des segments fugaces étranges ou fantastiques, peut se traduire par une véritable démonstration picturale ou musicale violente ou apaisante. L’œuvre musicale, tout comme la peinture, permet une visibilité symbolique, un narratif incantatoire. Il parait aisé de le trouver chez Debussy dans ses Préludes pour piano, avec pour n’en citer que quelques- uns, « Brouillard », « Des pas sur la neige », « Ce qu’a vu le vent d’ouest », « La cathédrale engloutie » ou « Canope », qui sont des récits symboliques qui peuvent être apparentés à des hallucinations narratives sorties d’un rêve. Aussi en conclusion de cet exposé, je proposerais de faire entendre des extraits de ma 4ème symphonie (2021) et/ou de ma Suite Lyrique pour grand orchestre (1988).


Les facultés possibles de musicalité et de visibilité entre la musique et la peinture

Sensible aux analogies, je propose d’en aborder quelques-unes qu’il est possible de rencontrer dans le processus d’états d’hallucinations, voire hallucinatoires, que l’on retrouve dans le domaine de la musique avec pour exemples choisis, quelques œuvres du xixe et du début du xxe siècle que je mets en relation avec la peinture en prenant quelques correspondances avec Beksinski tout en approchant la pensée créatrice de Kandinsky.


L’auteur Joseph-François Kremer-Marietti, compositeur, philosophe-musicologue, docteur HDR, directeur de la Collection Sémiotique et philosophie de la musique, éditions L’Harmattan, Paris. Auteur de nombreux ouvrages.

Zoom sur la fac Les universités à l’épreuve du distanciel

Yannick Lebtahi De visu L’Harmattan, Paris, juin 20121

Les lieux d’enseignement sont des îlots de résistance humanistes. Par nature bien insérés dans leur époque, les enseignants d’aujourd’hui sont engagés dans l’aventure du futur. Rappelons que, de tout temps, ce sont les minorités agissantes, qui en s’appropriant l’objet-monde au sens d’Edgar Morin, ont impulsé d’inédites orientations, toujours au bénéfice du bien vivre ensemble. Conscients des bouleversements sociétaux, les auteurs de cet ouvrage ne pouvaient pas ne pas penser la crise mondiale majeure enracinée dans la pandémie, fragilisant les principes de fraternité et affaiblissant les solidarités générationnelles, au premier chef, la relation enseignant-enseigné dès lors que les pratiques distancielles se substituent à celles dites présentielles.


Présentation croisée

De l’écran à la toile : l’absence à l’origine d’une expérience inédite

Zoom sur la fac est un ouvrage collectif que j’ai initié dans le contexte de la crise sanitaire de 2020. L’imprévisibilité de celle-ci et le confinement imposé ont contraint les universitaires à se saisir du dispositif multimédia pour dispenser leur enseignement à distance et ainsi ne pas rompre les liens avec les étudiants.

Dans l’urgence, ils ont inventé de nouvelles formes et de nouvelles pratiques pour assurer la transmission des savoirs.

Face à l’écran de l’ordinateur, l’aventure incertaine d’un réel fabulatoire nous a confrontés pleinement à notre désir de voir tout en nous plaçant face au vide (au rien) d’un espace infini. À l’image de la toile ou de la feuille blanche qui est source de tensions, chacun à sa manière a dû franchir cet obstacle pour une créativité singulière.

J’ai cherché à mettre en partage des expériences vécues dans la solitude face à l’écran — bien qu’irrévocablement reliés les uns aux autres — pour montrer combien le non-lieu que nous imaginons ouvre le champ du possible.

En effet, si notre avenir au sein de la société numérique recouvre de nombreuses peurs et résistances, l’homme planétaire, que nous sommes devenu, participe pleinement à la construction d’une éthique pour un monde en devenir même utopique.


L’auteur Maitre de Conférences HC en Sciences de l Information et de la Communication. Habilitée à diriger des Recherches, Université de Lille Sciences Humaines et Sociales. Directrice scientifique et éditoriale de la revue CIRCAV (Cahiers Interdisciplinaires de la Recherche en Communication AudioVisuelle), Université de Lille et les Editions L’Harmattan. Directrice de la collection De Visu aux éditions L’Harmattan. Membre associé du Étude sur les Images et les Sons médiatiques (CEISME). Membre du groupe Reliance en Complexité de Montpellier sous l’égide de la chaire Unesco Edgar Morin. Auteur de nombreux ouvrages et articles

Les régressions intrapsychiques Une révision de leur conception dans la théorie psychanalytique

Jean-Michel Porret Psychanalyse et civilisations L’Harmattan, Paris, juillet 2020

Il ne fait aucun doute que le psychisme humain est le lieu de mouvements régressifs divers et que certains d’entre eux sont même essentiels à son meilleur fonctionnement. Ils existent au cours du développement, tant normal que pathologique, de l’appareil psychique et dans la psyché de l’adulte que celle-ci soit rattachable aux variations de la norme ou à une organisation pathologique. Ce livre revisite le concept de régression dans la théorie psychanalytique classique mise à jour.


Présentation croisée

Le champ de l’hallucinatoire et la régression formelle

Dans son livre Ils ont révolutionné la peinture (2022), Jean Nadal met en exergue l’existence d’un continuum hallucinatoire dans la vie psychique des artistes peintres, tout en s’appuyant sur les conceptions freudiennes touchant au rêve nocturne où les représentations de chose inconscientes prennent une forme hallucinatoire, au mode de fonctionnement hallucinatoire de l’appareil psychique primitif, à la réalisation hallucinatoire du désir, à la pensée comme substitut du désir hallucinatoire, etc. On sait que ces conceptions renvoient au modèle de la névrose, donc qu’elles appartiennent aux structures authentiquement névrotiques et aux variations de la normalité qui en sont proches, aux structures dites névrotico-normales.

Cela m’amène à faire trois remarques liées entre elles. Premièrement, ces artistes peintres sont ceux qui font au moins majoritairement partie des sujets névrotico-normaux et des névrosés. Deuxièmement, leur activité hallucinatoire diurne est le résultat d’une régression formelle au mode de fonctionnement hallucinatoire de la psyché primitive qui a été conservé en étant refoulé dans une couche profonde de l’inconscient. Troisièmement, se pose la question des caractéristiques particulières qu’aurait éventuellement chez eux la régression formelle et qui la distingueraient de celle qui se produit du côté des sujets névrotico-normaux et névrosés ne disposant pas d’une aptitude à la création picturale.

Ces remarques permettent d’évoquer certains points dont il a été question dans mon ouvrage Les régressions intrapsychiques (2020) et sur lesquels je vais revenir brièvement. Il s’agit uniquement de ce qui est susceptible d’apparaître sous l’effet de la régression formelle dans la vie psychique diurne des adultes névrotico-normaux et névrosés, plus exactement de productions hallucinatoires visuelles et d’images visuelles de chose très nettes qui, les unes comme les autres, véhiculent une réalisation de désir.

D’abord, la régression formelle est impliquée dans la survenue de ce que Freud a appelé en 1900 « les visions de personnes à l’esprit sain », autrement dit dans celle des hallucinations visuelles occasionnelles et temporaires des sujets névrotico-normaux. Elle est ici globale dans le sens où elle réactive le fonctionnement hallucinatoire du psychisme primitif tapi dans l’inconscient proprement dit et procure ainsi une forme hallucinatoire aux représentations de chose refoulées. Ces hallucinations visuelles des sujets névrotico-normaux sont alors la manifestation que prend ici épisodiquement et exceptionnellement le retour du refoulé dans le moi. Elles véhiculent la réalisation camouflée de désirs inconscients et elles ne suscitent chez ces sujets aucun doute quant à leur origine intrapsychique, quant à leur appartenance à la réalité psychique interne.

Ensuite, la régression formelle est en cause dans les hallucinations des névrosées hystériques de conversion décrites la première fois par Freud en 1895 et qui sont le plus souvent de nature visuelle. Elle est aussi globale et procède de la même manière que la précédente, si ce n’est qu’elle donne lieu à de coûteux retours du refoulé inconscient dans le moi et finalement à l’installation de cette variété de symptômes névrotiques que sont les hallucinations hystériques. Celles-ci correspondent à la réalisation, sous une forme camouflée, de désirs érotiques refoulés ; elles sont donc des formations de substitut et à la fois des formations de compromis entre ces désirs et la défense de refoulement dirigée contre eux. Cependant, la régression est ici plurielle puisqu’à la régression formelle globale, s’associent une régression topique du moi, une régression temporelle du moi et souvent une régression temporelle de la libido.

Enfin, la régression formelle intervient lors des méditations « régressives » qui prennent la forme d’images visuelles de chose très nettes et qui ont également été évoquées par Freud. Dans ce cas, la régression formelle est seulement partielle, elle n’opère qu’à l’intérieur du moi. Elle s’accompagne d’une régression topique qui va depuis le secteur conscient du moi jusqu’au secteur inconscient de celui-ci. Son action est en fait double : elle réveille la part de la réalisation hallucinatoire primitive du désir qui n’a pas été refoulée mais qui a été enfouie dans une couche profonde du moi inconscient et, conjointement, elle vivifie la composante visuelle de certaines représentations de chose ; c’est cette double action qui aboutit à la formation d’images visuelles de chose très nettes. Cependant, une telle formation n’est présentée dans ce qui précède que d’une façon lacunaire, car elle est le fruit d’un processus intrapsychique complexe que j’ai essayé de décrire en détail dans mon ouvrage susmentionné (pp. 49-51) et que je ne peux pas reprendre ici. Je relèverai encore ce qui suit. Ces images visuelles de chose ne sont assimilables ni à des fantasmes (ou fantaisies) diurnes, ni à des hallucinations visuelles diurnes. Elles s’en distinguent non seulement par leur intensité sensorielle qui s’avère supérieure aux premiers et inférieure aux secondes, mais encore par leur structure propre. Elles surviennent chez les sujets névrotico-normaux et les névrosés et elles sont reconnues par eux sans conteste comme appartenant à la réalité psychique interne.

Reste la question des caractéristiques particulières de la régression formelle chez les artistes peintres. Peut-être que ceux-ci disposeraient d’une capacité de régression (pas seulement formelle d’ailleurs) à la fois plus rapide, plus profonde, plus souple, plus fréquente et mieux contrôlée par le moi que d’ordinaire. Cette capacité de régression aurait pour effet de les remettre plus facilement en contact avec leurs désirs inconscients, refoulés et infantiles et de les rendre ainsi spécialement aptes à faire figurer ces désirs d’une manière déguisée dans leurs œuvres. C’est ce qui différencierait entre autres les productions hallucinatoires du peintre Vladimir Kandinsky et les productions hallucinatoires de nature psychotique de son cousin, le psychiatre Victor Kandinsky, si l’on suit ce que nous apprend Jean Nadal. Cette capacité régressive favoriserait en outre leur recours aux méditations régressives dont je viens de parler et qu’ils seraient à même de transposer dans leurs créations picturales. Non liquet.


L’auteur Jean-Michel Porret est psychanalyste, membre titulaire du Collège international de psychanalyse et d’anthropologie (Paris), psychiatre d’enfants et d’adolescents et ancien privat-docent à la faculté de biologie et de médecine de l’université de Lausanne. Auteur de nombreux ouvrages parus chez l’Harmattan.