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dernière mise à jour : jeudi
20 octobre 2011
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RENCONTRES-DEBAT
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les « rencontres-débat
» du cipa
Sujet et citoyen : incompatibilités
?
introduction Marie-Laure Dimon
Il y a quelques années le CIPA a
mené une réflexion sur « La Folle illusion
de la normalité ». Nous souhaitions poursuivre
cette thématique sur la notion de folie, cette part
d’irréductible, d’inconnaissable qui surgit
en l’homme.
Mais au-delà de la folie
privée demeure la folie pour laquelle la
société a élevé des murs et
construit des asiles. Cette folie pose la question du sujet
qui, dans son caractère le plus insurrectionnel et non
partageable, déclare avec force sa radicale
singularité.
La folie, sous chacune de ses formes,
manifeste l’expérience du tragique et le
surgissement d’un monde pulsionnel. De par son absolu,
elle dénonce la finitude de l’être,
d’un monde fondé sur des limites et met en
lumière la tendance à
l’incompatibilité entre le sujet asocial et la
réalité sociale du citoyen porteur des droits de
l’homme défendant la raison.
Cependant le sujet comme fiction ne trouve
sa substance que dans un face à face avec le social et
dans l’épreuve d’une plasticité
nécessaire à la modernité
Quel est donc ce sujet à
l’origine immaîtrisable, inséparable de la
conscience mais en opposition avec le monde extérieur ?
Comment la subjectivité
entre-t-elle dans la dialectique du particulier et de
l’universel laissant émerger le sujet au cours
d’un acte, d’un choix, dans un mouvement de rupture
et d’investissement ?
L’œuvre freudienne donne
accès à l’inconscient, au pulsionnel,
soumis aux processus de clivage et à la loi des hommes.
La théorie lacanienne met en lumière le sujet de
l’inconscient et du désir dans son
impossibilité de combler le manque dont
l’écart maintenu par le pulsionnel laisse
apparaître un fragile équilibre entre le singulier
et l’universel. La théorie de Piera Aulagnier
donne naissance à un Je avec l’acte
d’énonciation et la nomination de l’affect
de plaisir, mais aussi celui d’un savoir du je sur le je
représentable car à la fois historisant et projet
identificatoire, indissociable du plaisir de l’ensemble.
La psychanalyse permet d’avancer
dans la compréhension d’un sujet issu de la lutte
de deux contenus singulier et universel, mais aussi issu de la
corporéité qui fonde son origine comme
l’auto-engendrant à condition que le hors soi ne
soit ni un simulacre ni vide de sens commun.
Pour rester dans la pensée de
Cornélius Castoriadis, nous pouvons nous demander si la
psychanalyse et la démocratie ont parties liées
dans le devenir d’un sujet autonome dont
l’inconscient est suffisamment conquis par la raison
éprouvée par une subjectivité
réfléchissante capable de remise en cause, mais
dont une part ne cesse de se dérober à la
réalité.
Ces différentes approches de la
conceptualisation du sujet ouvrent sur la notion de
liberté en philosophie politique. La sensibilité
de Tocqueville pose l’exigence d’un sujet
démocrate autonome tant sur le plan symbolique
qu’économique et juridique. Cependant
liberté individuelle et liberté politique ne se
soutiennent pas dans la réciprocité. La
liberté n’est pas divisible et se rapproche du
vrai, de la vérité, mais elle
révèle pour Tocqueville, le retrait de chacun
dans sa sphère propre, laissant un vide dans lequel
s’engouffre le pouvoir social avec tous ses
découpages et ses conséquences politiques.
La politique est-elle une action, une
force qui institue fondamentalement le « vivre ensemble
» des hommes leur permettant de se gouverner ?
La rencontre de la politique avec la
psychanalyse s’expérimente-t-elle par le mouvement
lié à la création d’un espace commun
?
Dans l’espace social s’affirme
d’une part, l’avènement d’un sujet
auto-institué que le désir de penser par
soi-même met à distance des autres et
d’autre part, l’avènement de la
pensée politique dans l’autonomie de sa mise en
scène et de sa volonté de différencier la
sphère politique et la sphère sociale.
Quelles en sont les articulations, les
analogies, passerelles qui permettront aux citoyens de
reconstituer par soi-même des liaisons entre ces espaces
et donner du sens ensemble ?
Cet espace commun précise
Cornélius Castoriadis, traverse et travaille toute la
philosophie politique depuis la cité grecque
jusqu’à la période contemporaine. Il
représente pour la psychanalyse ce travail de la
culture, avec ses exigences civilisatrices et ses modes de
répression pulsionnelle ; scène anthropologique
d’où émerge le sujet dans sa relation
à autrui, éclairant son incoercible tendance
à une logique identitaire qu’il expérimente
dans la notion d’égalité.
L’esprit de la cité, dont
parle Tocqueville, se comprend par le fait que la
démocratie est une grande association humaine dont les
repères de différenciations, les principes de
visibilité et d’intelligibilité, les
articulations des rapports sociaux favorisent la mise en forme
d’un social.
Cet espace social verrait la
réalisation d’un sujet démocrate ayant le
goût de l’indépendance, accueillant le
conflit, la contradiction interne en faisant « droit
à ses pensées », comme l’indique
Claude Lefort, ce qui lui donne une espèce
d’égalité sous le signifiant de la
connaissance ou de la passion au contact des autres ?
La domination de la raison
permettrait-elle la réconciliation d’une
société avec elle-même où chacun
trouverait sa place, sa fonction et se satisferait des biens
qu’il en retire ?
La raison peut-elle avoir gain de cause
sur les passions ? Tocqueville met en lumière le concept
d’égalité comme légitimité
moderne, représenté par un ensemble de passions
et une dynamique politique indéfinie.
Ce citoyen serait-il donc inquiet de son
identité comme si elle ne pouvait avoir de consistance ?
Serait-il alors agité par la passion sans cesse
renaissante ?
La passion avec ses jugements faux, ses
erreurs, se objets interchangeables et profondément
insatisfaisants ne contraint-elle pas à
appréhender l’objet politique comme réel ou
idéal ?
Claude Lefort, enseigne que la politique
classique trouve sa source dans le désaccord entre
raison et passion. Cette politique est donc par essence
conflictuelle. Le conflit ne porte-t-il pas en lui-même
une exigence de vérité ?
Faut-il alors considérer avec
Hannah Arendt que, sans relations vraies entre les hommes, il
n’y a pas de monde commun ?
L’expérience, de la
liberté politique et individuelle, laisse entrevoir une
liberté qui se détourne dit Claude Lefort
d’un ordre théologico-politique pour une
vérité aux fondements du pouvoir, du droit, du
savoir et de la connaissance.
Cet alliage ne suscite-t-il pas toutes
sortes de résistances propices à la dissolution
de la vérité ?
Les certitudes sont donc mises en question
et reculent les limites du pensable, la plasticité du
sujet se trouve malmenée, et c’est dans
l’égalité des conditions, fond commun de
socialisation que le sujet retrouve un cadre, peut-être
un corps qui le contient.
Dans notre société le
mouvement vers l’égalité pourtant
indissociable de celui de liberté ne séduit-il
pas davantage le citoyen ?
Ce citoyen triomphant échange la
liberté contre la sécurité,
délaissant un inconscient irrationnel pour un bien
être le plus souvent matériel, confondu dans un
bonheur égalitaire, voué à
l’impuissance collective de l’idéologie du
même supposée réduire les insatisfactions.
Pour penser la démocratie dans ses
tensions, ses conflits, ses paradoxes, ses relations
antagonistes, mais aussi continuer à expérimenter
la notion de liberté en commun, l’œuvre de
Machiavel ne permet-elle pas actuellement d’accueillir la
politique comme essentielle à la condition humaine en
reconnaissant ce qui est disjoint ?
Mieux, Machiavel va plus loin que le
conflit quand il découvre dans
l’irréductibilité de la division sociale
deux désirs antagonistes, deux mouvements contraires,
opposition au fondement de la politique sans laquelle il ne
peut y avoir ni espace social, ni société
politique.
A cette opposition fondamentale faut-il
ajouter l’enjeu de la société moderne
autour de la place du lieu vide du pouvoir qui pose la question
du pouvoir politique des fils comme équivalent à
celui des pères, en rupture avec la transcendance et
contraint le citoyen à penser le politique dans l'ici et
maintenant ?
La Psychanalyse avance dans la
conceptualisation d’un sujet en posant une forme à
son origine pulsionnelle et chaotique dans une activité
pictographique qui donne par le plaisir et le désirable
une représentation originelle de l’identité
du sujet. Le désir de l’un est équivalent
du désir de l’autre et assure par la notion
d’égalité une continuité dans les
processus identificatoires.
Ce fond commun de plaisir et de
désirable, d’égal à l’objet
sera mis à l’épreuve par le
différend porteur de la rupture, de l’anticipation
du désir de l’autre, du culturel, de
l’historicité. L’égalité comme
lieu de la castration symbolique est associé à la
Loi partagée qui relie le sujet au groupe.
L’objet politique, peut-il
être un médiateur, figurer un espace de
l’entre deux qui ferait sortir les individus d’un
combat binaire, celui du consumérisme et des jouissances
sociales, pour investir la rencontre entre sujet et citoyen ?
La démocratie peut-elle rester
indifférente et se couper d’un face à face
?
Peut-elle transcender les incompatibilités ? Comprendre et rendre compte n’a cessé de dire H. Arendt ? La citer pour ouvrir ce débat s’impose lorsqu’elle écrit « La politique moderne, c’est l’art de vivre ensemble »
Marie-Laure Dimon
24 mai 2008
Bibliographie
Castoriadis C., L’institution imaginaire de la
société, Editions
Seuil 1975
Lefort C., Essais
sur le Politique, Editions Seuil
1986
Poltier H., Claude
Lefort, Editions Michalon 1997
Tocqueville A., De la démocratie en Amérique I et II, G.F. Flammarion 1981
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