Résister à la servitude
Georges Zimra
Collection « Dissonances »
dirigée par Sébastien Schehr
Berg International Éditeurs / Novembre 2009
Les questions que posait Étienne de La
Boétie dans son Discours de la
servitude volontaire sont plus que
jamais d’actualité : « Pourquoi les hommes libres
deviennent-ils esclaves ? Pourquoi le grand nombre est–il soumis
au petit nombre ? Pourquoi le pouvoir de l’Un est–il plus
grand que ceux des uns ? »
De nos jours, le capitalisme a
décloisonné les frontières et les cultures pour
faire du monde un vaste marché, inaugurant une servitude
inédite car désirée, espérée,
attendue.
Un nouveau mal guette l’homme : celui de ne
voir son avenir que dans ce qui est calculé,
contrôlé, pesé, mesuré,
évalué, calibré, répertorié,
assigné à des pratiques homogénéisantes,
livré à des machines neuronales, cognitives,
économiques qui prétendent le définir et le
déterminer pour le réduire en fin de compte à un
homme quelconque, sans qualité.
Résister à la servitude c’est
reconnaître que l’homme est incommensurable, qu’il ne
peut être ni évalué, ni chiffré, ni
défini, ni adapté, pas plus qu’il ne peut
être rendu à lui-même en le réduisant aux
lois de la biologie, de l’économie de marché et de
la démocratie d’opinion.
La résistance est un esprit de dissidence,
de dissonance au regard des discours dominants. Résister veut
dire immédiatement, sans délais, rouvrir chaque lutte
possible pour un monde à venir, parce que
l’inaccomplissement de l’homme est essentiel au monde,
c’est cela qui consistue son a-venir ; l’oublier
c’est accepter d’être déterminé par
toutes les lois qui restreignent sa liberté et son désir,
qui pérennisent les servitudes.
Georges Zimra est
psychiatre, psychanalyste il exerce à Paris. Il a notamment
publié La Passion d’être
deux, Érès, 1998 ; Feud, les Juifs, les Allemands, Éres, 2002 ; Penser
l’hétérogène,
L’Harmattan, 2007 ; Le Sacré,
cet obscur objet de désir (collectif
), Albin Michel, 2009.